Il était logique de faire de Philippe Leclerc le visage «militaire» prééminent (du moins, parmi les gradés qui se retrouvent du «bon côté» de l’histoire) de la deuxième partie du diptyque, «Liberté», que le public québécois pourra découvrir le 11 septembre.

Aux yeux du comédien québécois Niels Schneider, qui endosse l’uniforme de cette figure héroïque de la Résistance, Leclerc est un peu «le prolongement» de de Gaulle, tandis que le chef orchestre le mouvement de révolte depuis Londres (sauf exception), Leclerc, «homme d’action», est, lui, son pendant «sur le terrain».

Que doit-on transmettre en premier, quand on joue Leclerc? Son courage et sa détermination? Sa droiture morale? Les doutes et la fatigue qui l’habitent? Ou cette espèce de «folie» qui le pousse à croire, comme son patron DG, que tout est encore possible…? Qu’est-ce qui doit primer à l’image, dans les yeux ou la posture du comédien?

«C’est un peu un mélange de tout ça, répond Niels Schneider. J’aime dire que ce n’est pas moi qui travaille les rôles: ce sont les rôles qui me travaillent.»

«À un moment, j’essaie de me faire une idée la plus précise possible» du personnage, jusqu’à ce que quelque chose finisse par «déteindre sur moi». Mais ce sont «les situations» qu’il préfère jouer, non les «qualités humaines».

«Je ne joue pas le courage. Et lui [Leclerc] ne se vit pas comme quelqu’un de courageux. Je pense que c’est quelqu’un d’une grande humilité, vraiment.»

—  Niels Schneider

Bien qu’il soit issu d’une grande famille aristocrate – et le fruit d’une longue dynastie de militaires, «il ne recherchait pas la gloire héroïque», estime le comédien.

Son combat, «il le ressent comme une nécessité, en fait. En tant que militaire, il est conscient du privilège qu’il a d’avoir des armes, de la chance qu’il a de pouvoir se battre», alors que la plupart de ses compatriotes ne le pouvaient pas, propose Niels Schneider.

La ruse du fennec

Armé? Sans doute. Mais, bien équipé? Ça reste à voir. Les deux films d’Antonin Baudry dépeignent Leclerc et ses hommes comme une petite troupe de fennecs, le cousin saharien du renard. Des soldats certes déterminés, mais déguenillés, crasseux, sans réels moyens et écrasés par le soleil de plomb du Sahara. Une petite troupe qui tient avec de la broche à poules.

«Ils n’ont quasiment rien! Quand tu vois leurs véhicules et leurs vêtements, ils ont l’air d’une bande de “gipsies” [gitans] ou d’une bande de pirates. Et du coup, il fallait qu’ils trouvent des solutions.»

—  Niels SchneiderCAST
Simon Abkarian : Charles de Gaulle
Niels Schneider : le général Leclerc
Florian Lesieur : Fernand Bonnier de La Chapelle
Simon Russell Beale : Winston Churchill
Dan Kadosh : Gustavo Camerini
Benoît Magimel : Pierre Kœnig
Kacey Mottet-Klein : Geoffroy de Courcel
Félix Kysyl : Jean Moulin
Anamaria Vartolomei : Livia
Adèle Jayle : Yvonne de Gaulle
Loïc Corbery : René Pleven
Mathieu Kassovitz : François Darlan
Karim Leklou : Blazej, dit « Blaise »

Il était beaucoup moins bien équipé que l’adversaire, «mais il avait la ruse» pour lui, sourit Niels Schneider.

Le film ne s’étend pas sur les faits d’armes de jeunesse de Leclerc, qui, assez tôt dans sa carrière, fut reconnu comme un fin stratège militaire; sa connaissance et sa lecture du terrain lui valurent des louanges de l’État-major, qui fermait les yeux sur son anticonformisme notoire.

Cette réputation est à la source d’une surprenante réplique de Leclerc, quand il invite ses troupes à ne «jamais obéir aux ordres idiots». La marche de l’Histoire lui donnera «raison de ne pas avoir suivi les ordres», rappelle Schneider.

Un grain de folie

«Je ne sais pas de [quelle étoffe] il est fait, Leclerc, mais il est d’une telle trempe! Pour lui, rien n’est impossible, en fait!»

«Quand l’avenir te paraît sombre, il faut s’accrocher à la toute petite lueur d’espoir. Et Leclerc, c’est ça qu’il a fait. Il a réussi à trouver en lui – et en ses hommes – des ressources insoupçonnées, alors qu’ils n’avaient quasiment rien et alors que l’Histoire leur disait que c’était impossible. Ça, c’est une leçon de vie assez universelle et intemporelle.»

—  Niels Schneider

«Ce qui est fou – et ce que je trouve très beau – c’est qu’ils avaient vraiment envie de se battre, de résister. [Avec notre regard d’aujourd’hui], a posteriori on oublie à quel point rien n’était gagné, à l’époque, à quel point la victoire semblait inconcevable, à quel point il fallait vraiment un grain de folie pour y croire – et pour convaincre» qu’un renversement de situation était possible, malgré la capitulation du gouvernement.

</em>

«Quand on y pense, il faut vraiment être dingue pour répondre à Churchill “Non, la France n’a jamais capitulé”», comme le fait de Gaulle, souligne le comédien.

Tout comme il faut être un peu maboul, quand on est aussi isolé qu’impuissant, pour opposer un refus «catégorique», un «non» retentissant, à l’ensemble de la communauté internationale, mais aussi à ses alliés. Les tensions entre Roosevelt et de Gaulle, esquissées dans le premier film, vont prendre des proportions encore plus dramatiques dans ce second volet.

D’actualité?

Niels Schneider apprécie la portée contemporaine d’un film qui met à l’avant-plan l’importance de la souveraineté nationale, en même temps que la défiance vis-à-vis des plans hégémoniques étatsuniens. Un thème qui résonne dans toute son actualité, avise le Franco-Québécois, à l’heure où Trump caresse l’idée fantasmatique de faire du Canada son 51e État et renomme Lake America le lac Ontario.

Quand on se retrouve face à un film d’époque intelligemment scénarisé, «bien sûr qu’on a l’impression que ça parle du présent; je comprends totalement qu’on puisse projeter des tensions et des inquiétudes contemporaines sur le film», convient Schneider, selon qui le projet n’a pas été songé pour s’inscrire dans l’actualité politique.

CAST
Simon Abkarian : Charles de Gaulle
Niels Schneider : le général Leclerc
Florian Lesieur : Fernand Bonnier de La Chapelle
Simon Russell Beale : Winston Churchill
Dan Kadosh : Gustavo Camerini
Benoît Magimel : Pierre Kœnig
Kacey Mottet-Klein : Geoffroy de Courcel
Félix Kysyl : Jean Moulin
Anamaria Vartolomei : Livia
Adèle Jayle : Yvonne de Gaulle
Loïc Corbery : René Pleven
Mathieu Kassovitz : François Darlan
Karim Leklou : Blazej, dit « Blaise »

Sa rencontre avec Antonin Baudry a été «hyper forte». Le réalisateur est lui aussi «quelqu’un d’habité, complètement obsédé par son sujet. Il a travaillé pendant plus de 6 ans sans prendre de vacances sur ce projet qui était totalement démesuré. C’est tout aussi héroïque, ce qu’il a fait.»

En outre, il était incroyablement généreux avec tous les acteurs, partage Niels Schneider. «À sa manière de nous parler de Leclerc et de Gaulle, tu sentais qu’il les portait vraiment à l’intérieur de lui.»

Le diptyque se contente de survoler la trajectoire et la personnalité de Leclerc, le personnage ayant essentiellement valeur de symbole (sans être tout à fait secondaire non plus). Plus pour lui tirer un sourire que pour obtenir une réponse, on demande à notre interlocuteur si Baudry et lui ont, vu le succès des deux films, prévu de tourner un éventuellement «spin-off» consacré au général Leclerc en particulier?

«C’est drôle, il y a énormément de monde qui vient me voir en me disant qu’il faudrait une série sur Leclerc.»

—  Niels Schneider

Aucun plan n’est dans les cartons, mais si jamais un producteur devait rebondir sur l’idée d’une série, alors «oui, c’est sûr, je lève la main». Et même, «je lève la canne», image-t-il, Leclerc ayant pris l’habitude de s’appuyer sur une canne, non pour se donner «un certain panache aristocratique», mais en raison d’une vilaine blessure.

Niels Schneider s’est d’ailleurs servi de cet accessoire pour envoyer «ses» troupes à l’assaut, dans une scène visuellement frappante.

La bataille de Gaulle – Liberté prendra l’affiche le 11 septembre.