Lundi, le lycée Ernest-Ferroul est devenu le lieu officiel de la photothèque scolaire Rémi-Ochlik, du nom du photojournaliste français tué en Syrie en 2012. Il avait largement contribué à la création de ce fonds documentaire avec Dominique Monier, alors professeure de lettres au collège Anglade et la professeure des écoles à Marie-Curie, Myriam Sestier, aujourd’hui décédée.
« Tout est parti de Visa pour l’image à Perpignan en 2010, se souvient Dominique Monier. J’y avais emmené un groupe d’élèves et nous avions rencontré le photoreporter, Olivier Laban-Mattei, qui est aujourd’hui président d’honneur de la photothèque. Par la suite, les collégiens ont souhaité entretenir le contact avec lui et en 2011, alors que le mouvement des Printemps arabes faisait rage en Tunisie avant de s’étendre à d’autres pays, il nous a conseillé de contacter Rémi Ochlik, dont il vantait le travail. Ce dernier a répondu à notre demande et il a fait passer ses photos avec pour consigne : « Montrer à vos élèves ce qu’il se passe ». Il souhaitait informer du combat des populations pour amener la démocratie et le respect humain dans des dictatures au Maghreb et au Moyen-Orient. En 2012, il nous a envoyé beaucoup de photos de Syrie, avant d’être tué peu de temps après dans un bombardement du centre de presse, installé dans une maison désaffectée de la ville syrienne de Homs. Sur les six journalistes présents, deux ont été tués ; lui et l’américaine Marie Colvin. Ce quartier, où se trouvaient les journalistes a été délibérément pilonné par le régime de Bachar El-Assad ».
Suite à ce drame, la professeure et plusieurs autres enseignants et documentalistes décident alors de créer la photothèque Rémi-Ochlik en hommage à son engagement. Ils sont alors soutenus par plusieurs photojournalistes, qui acceptent de céder le droit de tirage de certaines de leurs photos : « Une douzaine de journalistes ont cédé une vingtaine de clichés chacun pour cette photothèque scolaire, qui a vocation à être un outil pédagogique de l’Éducation à l’image, explique Florent Cazier, professeur-documentaliste du lycée et nouveau président de l’association Rémi Ochlik qui gère le fonds. Cette photothèque est amenée à être enrichie par le travail d’autres photojournalistes intéressés par ce projet. Par ailleurs, les parents de Rémi nous ont donné toute sa bibliothèque de photojournalisme avec des ouvrages extraordinaires ».
« Nous avons notre propre Visa pour l’image »
Pour le lycée, l’arrivée de cette photothèque dans l’établissement est un véritable cadeau : « C’est comme si nous avions notre propre Visa pour l’image, se réjouit Christiane Chaignon-Trias, professeure d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques. À nous de nous l’approprier dans le cadre de nos actions d’éducation à l’image, qui représente un des axes majeurs menés avec nos élèves, quels que soient leurs cursus : en enseignement général, technique ou professionnel ». Une démarche appuyée par la nouvelle direction, le proviseur Ludovic Bellini et son adjoint, Fabrice Sartoré. Tous deux étaient présents pour le vernissage de la première exposition au CDI : « Il faut apprendre à regarder, car aujourd’hui les images circulent partout avec les réseaux. Il est essentiel de savoir les décrypter ». Aux élèves de plusieurs classes conviées pour l’occasion, les professeurs ont rappelé ce qu’est le photojournalisme : « Se tenir informé est essentiel, mais il faut vérifier ses sources. Les photojournalistes sont sur le terrain, ils risquent leur vie, sont emprisonnés ou torturés pour leur travail. Comme le dit Jean-François Leroy, créateur de Visa pour l‘image (décédé ce 31 août des suites de maladie) dans son livre Le devoir de regarder, le photojournaliste n’est pas engagé uniquement dans l’image, mais aussi “politiquement, humainement et éthiquement”. Il rend compte d’une réalité, il donne du sens à l’image. C’est un témoignage humain ». Un témoignage sur des sujets variés : conflits armés, précarité, handicap, mouvements migratoires, aléas climatiques… Des sujets « exploitables par toutes les disciplines au lycée ».