Lorsque Claudette Dion franchit les portes de La Maison Adhémar-Dion, c’est bien plus qu’un rôle de porte-parole qu’elle endosse. Ce lieu empreint de douceur et d’humanité ravive le souvenir de son père, dont le nom est aujourd’hui associé à l’accompagnement des personnes en fin de vie. Entre souvenirs, confidences, fierté familiale et des nouvelles de sa sœur Céline, Claudette se livre avec une sincérité désarmante.

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Bruno Petrozza / TVA Publications

Claudette, nous sommes à La Maison Adhémar-Dion. Étais-tu présente lors de la toute première pelletée de terre de ce centre de soins palliatifs en juin 2009?

Oui, j’étais là. Bon, ça commence bien l’entrevue, je suis déjà émue.

(Claudette prend une grande respiration et poursuit…)

Cette maison est le résultat d’un immense mouvement du cœur. Des bénévoles, des donateurs, la Fondation Santé Sud de Lanaudière et la Ville de Terrebonne ont uni leurs forces pour que ce projet devienne réalité. J’ai des frissons en repensant à cette journée où nous étions réunis sur ce magnifique terrain, le long de la Rivière-des-Prairies à Terrebonne.

Toute la famille était là, dont ma petite sœur Céline et son mari, René, malgré leur emploi du temps chargé.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que cette maison de soins palliatifs allait porter le nom d’Adhémar-Dion ?

Pour maman, il était impossible d’oublier son mari. Pour nous, les 14 enfants, impossible d’oublier notre père. Mais qu’une maison de soins palliatifs porte son nom, que les gens de la région puissent vivre leurs derniers jours dans la dignité, entourés de leurs proches, c’était tout un honneur. Ça réchauffe le cœur de savoir que d’autres personnes peuvent finir leurs jours paisiblement, comme ç’a été le cas pour papa.

Photo : inconnu / inconnu

Photo : Marco Weber / TVA Publications

Es-tu à l’aise de nous raconter les dernières semaines de vie de ton père ?

Oui, même si je suis émotive, ça me fait du bien d’en parler. En 2003, papa combattait un cancer depuis plusieurs mois déjà. À l’automne, j’assurais la première partie du chanteur Frank Michael, à l’Olympia de Paris. J’avais tellement hâte de revenir au Québec pour raconter ça à mon père ! Il était si fier de nous. Il nous complimentait tout le temps. Les gens s’en souviennent, il était toujours le premier debout lors des spectacles de Céline. Il avait cette fierté-là pour tous ses enfants.

(Claudette prend une grande respiration, et poursuit…)

Pour revenir à 2003… Les derniers mois, maman dormait à côté de lui, dans un petit lit d’appoint. Comme ça, elle pouvait veiller sur lui. S’il avait besoin de quelque chose, elle était là. Mon frère Clément, qui habitait à deux maisons, faisait des commissions pour maman. Les autres enfants venaient aussi faire leur tour. Jamais mon père ne s’est senti abandonné : il a toujours été entouré des siens.

Est-il resté à la maison jusqu’à la fin ?

Oui. Même si c’était très demandant pour maman, même si la logique aurait voulu qu’on l’envoie à l’hôpital, papa désirait vivre ses derniers jours chez lui, entouré des siens, dans une ambiance chaleureuse. Vers la fin, on savait que son temps était compté. Il est décédé paisiblement dans son lit, le 30 novembre 2003.

As-tu pu lui raconter le succès que tu avais vécu à Paris ?

Oui, j’ai pu le lui raconter, puisque je suis revenue quelques jours avant son décès. Mais je ne lui ai rien appris, il avait vu ça à la télé, dans les journaux et les magazines. Le public français avait capoté sur mon interprétation des grands succès d’Édith Piaf. Le succès était tel que j’ai même enregistré un duo avec Frank Michael : la chanson Mélodie. J’ai par la suite offert des spectacles en solo en France. Dire que j’avais hésité à aller à Paris…

Pourquoi donc ?

Parce que papa était malade. Mais mes parents, ma famille et mes enfants m’ont tous convaincue de saisir cette opportunité, qui ne se présente qu’une seule fois dans une vie ! Chaque soir, quand je montais sur scène, je souhaitais que papa ne parte pas sans que je puisse lui dire au revoir.

Le chanteur Frank Michael était-il au courant de ce que tu vivais sur le plan personnel ?

Oui, bien sûr. En plus d’être un artiste charismatique et talentueux, c’était un humain d’exception. Il était aux petits soins avec moi, sachant que je vivais des moments difficiles. Il venait me voir en coulisses, juste pour me demander comment j’allais. Je parle de lui au passé, car il est décédé en juin dernier, des suites d’un cancer foudroyant des poumons.

(Un résident de La Maison Adhémar-Dion s’installe dans le jardin, accompagné des membres de sa famille. Claudette les observe avec un regard attendri.)

La Maison Adhémar-Dion existe depuis 16 ans. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’ambiance n’est pas lourde ici. Au contraire, c’est rempli d’amour, de bienveillance, de douceur, d’humanité. Et que dire des gens de cœur qui travaillent ici, que je surnomme « les Anges ». Ils sont sensibles, à l’écoute. Ils ne côtoient pas la mort, ils célèbrent la vie ! Une résidente m’a déjà dit qu’ici elle était au paradis. C’est la plus belle façon de décrire l’endroit.



Bruno Petrozza / TVA Publications

Tu es porte-parole de La Maison Adhémar-Dion. Tu viens régulièrement faire ton tour. As-tu des souvenirs marquants de cet endroit ?

J’en ai plein ! Chaque fois que quelqu’un me demande de venir chanter à son chevet Non, je ne regrette rien, Hallelujah ou Ma mère chantait toujours, je me sens honorée. Et ça peut être n’importe quelle chanson, vous savez. Si un monsieur souhaite entendre Mes blues passent pu dans porte, eh bien, ce sera ça ! Je répète souvent à toute l’équipe de La Maison Adhémar-Dion que s’ils ont besoin de moi, je serai là. J’assure aussi le lien entre le centre et les artistes.

De quelle façon ?

Quand un résident souhaite parler à un chanteur, je le contacte. Plusieurs artistes sont venus faire un tour ici au fil des ans, afin de chanter pour nos résidents. Je pense entre autres à Mario Pelchat, qui a chanté pour une dame originaire de son coin de pays, le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ils ont vécu tellement un beau moment. À un moment donné, c’est lui qui pleurait, et elle qui le réconfortait. Ça me touche que, malgré leur horaire chargé, les artistes acceptent d’offrir un moment de bonheur à quelqu’un en fin de vie.

Parlant de bonheur, parle-nous de ta famille !

J’ai 4 enfants et 13 petits-enfants. Ils ont tous du talent dans différents domaines, que ce soit les mathématiques, les sports ou les arts. Certains sont gênés de monter sur scène, parce qu’ils savent à quelle famille ils appartiennent. Ça les intimide. Pour d’autres, c’est plus fort qu’eux. Je pense à ma petite puce qui fréquente le Collège de L’Assomption. En secondaire un, elle a remporté le premier prix en musique ! La mamou que je suis est très fière d’elle !

Elle a hérité des gènes musicaux de la famille Dion !

Chose certaine, elle est passionnée de musique. Pour la récompenser, je l’amène à Paris avec moi. Ma fille, ma petite-fille et moi, on s’en va voir la première du nouveau spectacle de ma petite sœur Céline. Lorsque j’ai annoncé la bonne nouvelle à ma petite-fille, elle m’a dit : « Mamou, ce sera le voyage de ma vie ! »

Début juillet, QUB radio t’a invitée à entendre pour la première fois Bonjour, pardon, merci, de ta sœur Céline, et tu n’as pas pu retenir tes larmes en entendant sa voix !

J’étais si émue ! L’entendre chanter de cette façon, après l’immense épreuve qu’elle a surmontée, c’est venu me chercher droit au cœur. Je vais vous faire une confidence. Au tout début de sa maladie — Céline ignorait encore qu’elle était atteinte du syndrome de la personne raide —, j’étais avec elle avant un spectacle. Elle m’a demandé de l’aide pour enfiler ses bottes, car elle avait une jambe toute tordue. J’ai dû la masser pour détendre ses muscles, afin qu’elle puisse se chausser.

(Elle fait une pause pour essuyer ses larmes.)

Elle aurait pu mettre la musique de côté, se concentrer pour le reste de sa vie sur ses enfants et sa santé. Mais la musique, ça fait partie intégrante de ce qu’elle est, depuis qu’elle est toute petite. Quand elle s’est remise à travailler sur des chansons et à les enregistrer en studio, j’étais vraiment contente pour elle. Et là, savoir qu’elle va remonter sur scène, c’est incroyable ! J’ai tellement hâte de la voir, de la serrer dans mes bras ! De lui dire que je suis fière d’elle, comme nous le disait papa.

En terminant, as-tu d’autres projets, Claudette ?

Je vais avoir 78 ans en décembre. Pour moi, profiter de la vie, c’est voir mes enfants, mes petits-enfants, mes frères et mes sœurs, être porte-parole de la maison de soins palliatifs qui porte le nom de mon père et avoir des projets en musique. Justement, j’en ai un beau qui s’en vient.

Peux-tu nous en dire plus ?

Bien sûr. Moi, j’ai réalisé mon rêve ultime : chanter à l’Olympia à Paris. Maintenant, j’aimerais faire la même chose pour les personnes âgées, parce qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser un rêve. J’ai eu cette idée alors que je faisais des spectacles dans des résidences pour aînés. Il y a tellement de gens qui rêvent de monter sur scène. Alors, pourquoi ne pas leur offrir la chance de le faire devant leurs familles, leurs amis et les gens de la résidence ?

Y a-t-il du talent parmi nos aînés ?

Oh ! que oui ! Des chanteurs, des danseurs, des musiciens et des magiciens. J’ai déjà fait des pré-entrevues et regardé des vidéos. J’ai pleuré aux larmes en voyant un homme de 91 ans jouer Mon cœur est un violon, avec sa partition toute jaunie devant lui. Sa famille était là, debout, tellement fière. C’est ce genre de moment unique que je désire offrir aux personnes âgées. Je travaille sur ce projet avec une petite équipe. C’est à suivre.

Bruno Petrozza / TVA Publications

Marilyn Laroche : « Sans la générosité de la communauté, cette mission ne pourrait être accomplie »

Depuis 2021, la productrice et réalisatrice Marilyn Laroche (Grand-maman, dors-tu ?) met sur pied, avec la collaboration spéciale de Chantal Lépine et Maxime Charbonneau, un spectacle-bénéfice au profit de La Maison Adhémar-Dion. « Le 6 juillet dernier, nous avons présenté notre 5e édition, au Théâtre Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse. Une belle brochette d’artistes était au rendez-vous, dont Claudette Dion, Marie Carmen, Breen LeBoeuf, Jonathan Roy, Marie-Ève Côté, Laurence Nerbonne, Martine St-Clair, Jeanick Fournier, en plus des humoristes Rachid Badouri et Dominic Paquet. Ça fonctionne tellement bien qu’en sortant, les spectateurs achetaient leurs billets pour l’an prochain ! » Il faut comprendre que La Maison Adhémar-Dion est un organisme sans but lucratif. « Pour continuer d’offrir gratuitement des soins aux gens en fin de vie, la Maison doit amasser 1,8 million de dollars par année. La Maison a donc plusieurs activités de levées de fonds, comme le tournoi de golf annuel, la loterie 50/50 et l’envolée des papillons. Sans la générosité de la communauté, cette mission ne pourrait être accomplie. Ce sont des expériences festives, pour célébrer la vie ! », conclut la pétillante jeune femme.

Pour soutenir l’organisme sans but lucratif de soins palliatifs La Maison Adhémar-Dion : https ://lamaisonadhemardion.ca/donner/

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