L’approvisionnement en médicaments innovants est-il menacé? Les entreprises pharmaceutiques l’affirment depuis qu’elles sont sous pression aux Etats-Unis pour y baisser leurs prix. Interpharma publiait récemment un sondage, selon lequel un tiers des nouveaux médicaments ne seraient plus soumis pour remboursement en Suisse. La RTS a enquêté sur ce chiffre et ce qu’il cache.

Vaccin contre la bronchiolite des nouveau-nés, traitements innovants contre le cancer du sein ou des formes aiguës de leucémie… En 2025, une quarantaine de nouvelles substances ont été mises à disposition des patientes et des patients en Suisse. On est dans la moyenne des autorisations accordées par Swissmedic ces dernières années et pourtant les pharmas, via leur association faîtière, tirent la sonnette d’alarme depuis des mois.

Mi-août, Interpharma publiait un sondage auprès de ses membres, auquel seules 17 sociétés actives sur le marché helvétique ont répondu. Selon cette enquête, depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir début 2025, ces pharmas auraient renoncé à inscrire un tiers de leurs innovations sur les listes de l’assurance maladie.

Concrètement, il s’agit de sept produits que ces sociétés n’auraient pas encore proposé à l’OFSP pour remboursement sur les plus de 200 inscrits sur la liste l’année dernière. La plupart ont toutefois été autorisées par Swissmedic et peuvent être prescrites via ce qu’on appelle la rémunération par cas.

Trois substances innovantes n’auraient par ailleurs pas encore été soumises par ces pharmas à Swissmedic pour utilisation en Suisse, sur les quelque 40 nouveaux remèdes homologués chaque année.

>> Les explications de Jean-Marc Heuberger dans le 19h30 : Jean-Marc Heuberger revient sur l'accès aux médicaments innovants Jean-Marc Heuberger revient sur l’accès aux médicaments innovants / 19h30 / 1 min. / lundi à 19:30 La Confédération rassure

Contactés, ni Swissmedic, ni l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) n’observent de baisse significative des homologations jusqu’ici. L’OFSP rassure: « La Suisse se classe toujours au 4e rang européen en matière d’accès aux médicaments innovants, selon l’étude WAIT 2025 ».

L’office reconnaît toutefois que les pressions américaines pour faire baisser les prix créent « des incertitudes qui pourraient à l’avenir conduire à une diminution du nombre de demandes d’autorisation et de demandes de remboursement ».

La Confédération a mis sur pied le groupe de travail « Life Science ». « Nous cherchons des solutions pour maintenir l’accès aux médicaments véritablement innovants, tout en évitant de faire peser une charge supplémentaire sur les payeurs de primes, par le biais de prix plus élevés », explique Stéphanie Germanier, porte-parole de l’OFSP.

Les patients évoquent un « chantage »

Les organisations de patients, elles, ne s’inquiètent pas. Au contraire, elles dénoncent le lobbyisme des pharmas. « Ce que les pharmas sont en train de faire, c’est du chantage », s’insurge Baptiste Hurni, vice-président de l’Organisation suisse des patients, dans le 19h30 de la RTS. « Elles nous font peur en disant qu’on n’aurait plus accès aux médicaments innovants – alors que ce n’est pas le cas – pour maximiser leurs prix et afin de compenser leurs baisses de revenus aux USA. »

Selon le conseiller aux Etats neuchâtelois, le problème résiderait bien plus aujourd’hui au niveau des médicaments de première nécessité, qui n’arrivent plus dans les pharmacies à cause des pénuries.

Manque de transparence

Interpharma rejette l’accusation de chantage. « Chaque année, nos entreprises ne mettent que quelques dizaines de nouveaux médicaments sur le marché, donc si elles renoncent à en commercialiser trois, cela fait déjà pas mal pour les patients qui auront moins de produits innovants à disposition », indique son porte-parole Georg Därendinger dans le 19h30.

Contactées, les 17 entreprises qui ont participé au sondage ne nomment pas les substances qu’elles ne veulent pas homologuer pour l’instant en Suisse. « Publier ces produits serait problématique à cause du droit de la concurrence », explique par exemple la société GSK.

Impossible donc de dire quels types maladie et combien de patients et patientes sont concernés.

Jean-Marc Heuberger