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Jamais ouvertes au public, les réserves du musée des Abattoirs conservent 4 500 œuvres dans le noir dont des chefs-d’œuvre de Picasso ou de Soulages. Elles sont régulièrement sorties et contribuent au rayonnement de la ville en France comme à l’étranger. Visite de cette caverne d’Ali Baba.
Sous le musée des Abattoirs, dans d’immenses salles sécurisées de plus de sept mètres de hauteur, les réserves abritent un patrimoine artistique inestimable qui participe au rayonnement culturel de la ville. Des conditions particulières de stockage permettent de conserver un peu plus de 4 500 œuvres selon des critères stricts de température et d’hygrométrie. « Il faut faire en sorte de regrouper les œuvres qui nécessitent les mêmes exigences de conservation », explique Lauriane Gricourt, directrice du musée des Abattoirs. « Tout est gardé dans le noir et sans poussière ».
Les immenses réserves de 900 m², situées au sous-sol, ne sont pas les seules. Il existe un autre site, à l’extérieur, d’environ 1 300 m². Malgré tout, le musée des Abattoirs qui augmente chaque année ses collections se trouve parfois à l’étroit même si les œuvres circulent. Avec environ 700 à 800 mouvements d’œuvres par an, il contribue au prestige de la ville en France comme à l’étranger. « C’est beaucoup et cela inclut les expositions à Toulouse, en région, ainsi que les prêts nationaux et internationaux », ajoute la directrice des Abattoirs.
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De Soulages à Picasso
« Parmi les œuvres les plus remarquables contenues dans les réserves, il y a le fameux rideau de scène de Picasso, souvent caché car il se dégrade », constate Lauriane Gricourt. « Il a été trop montré et il est très sensible à la lumière. Nous avons aussi des œuvres de Soulages, une compression de César, et une installation de Yayoi Kusama, connue pour ses motifs à pois. C’était une grande installation avec des ballons, présentée lors de notre première exposition en 2000 ».
Des œuvres singulières d’artistes du Nouveau Réalisme comme Daniel Spoerri, Gérard Deschamps et Louise Nevelson, exposée actuellement au Centre Pompidou-Metz, accompagnent dans les réserves des tableaux d’Antoni Tàpies ou de Lucio Fontana.
« Nous avons des peintures, des sculptures, des œuvres graphiques, des grands formats et de petits objets », énumère la directrice du musée. « Les réserves sont organisées par typologie et par médium. Les œuvres volumineuses sont stockées dans la réserve externe ».
Une valeur inestimable
La salle la plus impressionnante est celle des tableaux, disposés sur d’immenses grilles roulantes de 5 m/4. En fonction de l’intérêt qu’ils représentent, une marque bleue est placée à hauteur d’yeux pour prévenir qu’ils sont prioritaires en cas de nécessité d’évacuation.
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« L’évaluation des œuvres est un travail complexe », avoue Lauriane Gricourt. « Nous nous basons sur le marché de l’art, notamment via le site ArtPrice, et nous échangeons avec d’autres musées pour ajuster les valeurs. Certaines œuvres, comme le rideau de scène de Picasso, sont inestimables. Celles de Soulages sont très cotées ».
Des raisons suffisantes pour ne pas vouloir en dire davantage sur leur valeur, ni sur les dispositifs de sécurité, utilisés pour les protéger. Car contrairement à la caverne d’Ali Baba, il ne suffit pas de dire « Sésame ouvre-toi » pour y entrer… « Il existe un système de sécurité spécifique pour les réserves », indique Lauriane Gricourt. « Tout le monde n’y a pas accès. Nous n’avons jamais organisé de visites, même lors des Journées du patrimoine, mais c’est un projet que j’aimerais développer, avec un protocole adapté. Certaines institutions, comme le Louvre-Lens ou le Quai Branly ont des réserves visibles ».
Les réserves des Abattoirs ont aussi récupéré le fonds de l’artothèque de Toulouse qui rassemble 4 000 livres d’artistes et 250 disques vinyles qui peuvent être consultés sur rendez-vous.
Dépôt et recollement
Tous les dix ans, le musée procède à un travail de recollement de ses réserves. « Il s’agit de vérifier que chaque œuvre inscrite à l’inventaire est bien localisée et en bon état », explique la directrice. « Cela permet aussi de planifier des restaurations ou des encadrements. Il arrive qu’on retrouve des œuvres portées disparues… Récemment, une toile roulée dans une autre a été redécouverte vingt ans après ».
En dehors des réserves, les Abattoirs font aussi office de dépôt d’œuvres appartenant à des propriétaires privés qui les confient au musée. « C’est une sorte de prêt à long terme », précise Lauriane Gricourt. « Par exemple, « La Grande Fleur qui marche » de Fernand Léger, installée sur le parvis, appartient à un collectionneur privé qui nous la prête pour une très longue durée. En échange, nous sommes responsables de sa conservation et de sa diffusion. Nous avons plusieurs œuvres de ce type dans nos collections : certaines proviennent de galeries, d’artistes ou de collectionneurs ».