Nommé en juin à la tête de la commission Jeux vidéo du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le metteur en scène Thomas Jolly remettra jeudi le prix du « meilleur premier jeu » à la cérémonie des Pégases, qui récompensent les meilleures productions françaises de l’année.
Dans un entretien à l’AFP, le directeur artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 revient sur son parcours de joueur et les ponts qu’il établit entre le théâtre et le monde vidéoludique.
Question: Comment avez-vous réagi quand le CNC vous a contacté ?
Réponse: « J’ai été surpris et honoré qu’on me fasse cette proposition. Je n’ai jamais caché mon goût pour le jeu vidéo, même si je ne suis pas un expert.
La volonté du CNC de mettre à la tête des commissions des personnalités qui sont extérieures mais intéressées au domaine permet que les débats soient aussi plus riches.
Entre le théâtre et le jeu vidéo, je trouve qu’il y a beaucoup de liens: ce sont vraiment deux arts qui s’adressent de manière très directe aux joueurs ou aux spectateurs et leur proposent une expérience à la fois singulière et collective.
Quand j’ai monté Richard III en 2016, on a créé un petit jeu vidéo inspiré par Pac-Man.
Ce n’était pas simplement un petit caprice de ma part: c’était aussi un objet qui permettait une entrée dans l’œuvre de Shakespeare. »
Q: En quoi consiste votre rôle dans la sélection des projets qui vont bénéficier du fonds d’aide aux jeux vidéo ?
R: « La commission se réunit quatre fois par an. Je suis le président – mon mandat est bénévole – et il y a une vingtaine d’experts avec moi, et on épluche les dossiers d’écriture, de pré-production et de production.
J’ai un vote, comme tout le monde, et mon seul pouvoir, c’est qu’en cas d’égalité, mon vote compte double.
J’ai grandi et j’ai affiné mon travail grâce aux aides publiques de subventions pour le théâtre.
Je retrouve un peu les mêmes spécificités dans cette commission-là, à savoir des projets qui peuvent se permettre d’être audacieux, de prendre des risques. »
Q: Vous avez un passé de joueur ?
R: « Je joue depuis mon enfance. J’ai eu la NES (première console de salon de Nintendo) dès qu’elle est sortie, ma première console.
En ce moment, je joue à +Towers of Aghasba+ (un jeu d’exploration) et +Dome Keeper+ (un jeu de stratégie).
Mon jeu favori, c’est Zelda. Assassin’s Creed est une autre grosse référence pour moi. »
Q: Le personnage encapuchonné, fil rouge de la cérémonie d’ouverture, était d’ailleurs en partie inspiré des héros de cette saga…
R: « C’était important que, dans la cérémonie, il (le jeu vidéo) y figure tout comme d’autres arts, comme l’animation par exemple.
Je sais que le secteur du jeu vidéo a été assez surpris et heureux de se voir figurer dans la cérémonie, ce qui pour moi était logique. »
Q:Considérez-vous que le jeu vidéo fait toujours face à un certain snobisme de la part du monde de la culture ?
R: « Ca a pu être le cas mais j’ai l’impression que c’est en train de bouger.
Il reste un fond comme ça, peut-être un peu de mépris, qui est bien souvent alimenté par une méconnaissance, non seulement des créateurs et créatrices mais aussi des enjeux techniques et technologiques que chaque jeu essaie de repousser. »
Q.: Le secteur du jeu vidéo en France traverse un trou d’air depuis deux ans, notamment lié aux difficultés économiques de certains grands groupes comme Ubisoft et Nacon…
R. « Il est à un moment intéressant de sa jeune histoire. Parce qu’on se rend compte que le jeu vidéo a des grands-parents comme le théâtre qui lui-même, à l’arrivée du cinéma, a dû être remis en question, se recentrer sur lui-même et se repenser.
C’est une crise qui est un peu comme une ritournelle dans les arts.
Il y a une question qui m’intéresse dans le jeu vidéo, c’est de faire appel à des créateurs extérieurs. On voit par exemple Hideo Kojima (créateur japonais de la série Metal Gear, NDLR) qui a fait appel à Woodkid pour la musique de +Death Stranding 2+.
Il y a peut-être des ponts artistiques à faire qui enrichiront les objets. »
publié le 3 mars à 08h04, AFP
Partager