« La ville des éponges »
Une ville qui s’adapte au changement climatique n’a pas forcément besoin de construire toujours plus de murs, d’égouts ou de réservoirs ; elle peut aussi utiliser son écosystème naturel pour économiser l’eau.
Plus d’arbres signifient plus d’ombre, contribuant ainsi à réduire la chaleur urbaine. Un sol perméable aide à retenir l’eau de pluie et à recharger les nappes phréatiques. Les toitures végétalisées, les jardins de pluie et les surfaces perméables peuvent absorber l’excès d’eau au lieu de le rejeter immédiatement dans le réseau d’égouts.
Ceci a donné naissance au concept de « ville éponge », une zone urbaine conçue pour absorber, retenir, filtrer et réutiliser l’eau au lieu de simplement essayer de l’évacuer le plus rapidement possible.
C’est également là que se rejoignent l’urbanisme et la restauration des cours d’eau. En créant davantage d’espace pour l’eau, les villes créent simultanément davantage d’espace pour la nature.
Séoul transforme progressivement le fleuve Han, d’une frontière naturelle en une infrastructure développée, puis le réintègre au cœur de la vie communautaire. Photo : Ville de Séoul
Séoul a opté pour une approche différente en restaurant un cours d’eau enfoui sous une autoroute. Une fois l’eau remise à la surface, arbres, poissons et insectes ont fait leur retour. Ce cours d’eau contribue non seulement à rafraîchir la ville, mais est aussi devenu un espace public qui attire chaque jour des dizaines de milliers de personnes.
Christchurch a restauré les habitats riverains et les zones humides après le tremblement de terre de 2011, tandis que Vancouver a intégré les systèmes de drainage naturels et la planification urbaine grâce à des collaborations à long terme avec les communautés autochtones.
Le point commun de ces modèles est le changement de perspective : la question n’est plus de savoir comment contrôler l’eau, mais comment concevoir les villes en fonction de l’eau.
En revanche, selon la professeure Paola Viganò du Laboratoire suisse d’urbanisme (EPFL), les rivières sont des écosystèmes complexes et, par conséquent, leur gestion ne peut reposer uniquement sur des solutions techniques, mais nécessite un consensus politique et une coopération entre de nombreux acteurs.
Le Rhône en est un exemple.
Au fil des décennies, le Rhône, qui coule du Valais vers la Méditerranée, a subi des transformations profondes, entraînant une perte importante de biodiversité. La Suisse a donc mis en œuvre son troisième programme de rectification du Rhône, associant protection contre les inondations et restauration écologique. Des portions du lit du fleuve ont été élargies et les plaines inondables réaménagées afin de créer davantage d’espace pour l’eau.
Cela représente un changement de perspective crucial : au lieu d’éliminer complètement le risque en contraignant le cours d’eau à une forme fixe, l’objectif est de créer davantage d’espace pour que l’eau puisse s’écouler en toute sécurité. Cette approche devient d’autant plus nécessaire que le changement climatique exacerbe les phénomènes extrêmes.
« Chaque goutte d’eau est précieuse », a déclaré la professeure Paola Viganò lors du forum de l’EPFL, alors que le stress thermique s’accentue dans de nombreuses villes européennes.
Il ne s’agit donc pas seulement de se préparer à la prochaine inondation. Les villes doivent s’attaquer aux causes profondes de l’aggravation des risques.
L’une des raisons tient à la relation entre les zones en amont et en aval. Les risques auxquels sont confrontés les habitants en aval proviennent parfois de très loin en amont.
Le Rhône (Europe). Photo : Britannica
Il est à noter que les communautés les plus vulnérables sont souvent concentrées en aval. Dans ce contexte, la gestion de l’eau n’est plus seulement un problème technique, mais devient une question d’équité environnementale.
Selon l’expert Viganò, le partage des responsabilités entre l’amont et l’aval est essentiel. L’agriculture joue un rôle important dans la conservation de l’eau et la réduction des risques, mais elle doit aussi être repensée dans un contexte moderne.
Pour que la rivière soit véritablement présente dans la vie des gens.
Par conséquent, la restauration des rivières ne se résume pas à une eau plus propre ou au retour des poissons.
Une rivière ne devient véritablement partie intégrante d’une ville que lorsque les gens peuvent y accéder, l’utiliser et y éprouver un sentiment d’appartenance.
La Suisse en est un parfait exemple. Grâce aux politiques de conservation de l’eau mises en œuvre il y a plusieurs décennies, les habitants de Berne et de Bâle peuvent se baigner dans les rivières urbaines. Lorsque les fortes chaleurs estivales s’installent, ces rivières deviennent des lieux de fraîcheur, de loisirs, et même un moyen de transport quotidien.
Mais cela soulève aussi la question de l’équité. Si les espaces riverains revitalisés ne sont accessibles qu’à une partie de la population qui en a les moyens, le processus de « végétalisation » urbaine pourrait engendrer de nouvelles formes d’inégalité.
Par conséquent, la planification fluviale doit impliquer la communauté dès le départ. Les experts en transport, architecture, écologie, sport , agriculture, gouvernement et les citoyens doivent tous avoir voix au chapitre pour façonner l’avenir du fleuve.
C’est également à ce moment-là que les rivières ont cessé d’être considérées comme une ressource à la disposition de l’homme.
« Nous devons écouter l’eau », a affirmé le professeur Viganò. En acceptant la manière dont l’eau circule et en comprenant les interdépendances qui existent dans tout le bassin, le fleuve peut devenir le fondement de villes non seulement plus sûres et plus résilientes, mais aussi plus équitables.
Après des siècles passés à tenter de « dompter » les fleuves, la ville entre peut-être dans une nouvelle phase : apprendre à vivre avec eux.
Et à l’ère du changement climatique, il ne s’agit plus d’un choix paysager ou environnemental, mais d’un principe fondamental de plus en plus intégré à l’aménagement urbain.
Source : https://hanoimoi.vn/tu-seoul-toi-bern-nhung-sang-kien-de-dong-song-thuc-su-thuoc-ve-thanh-pho-1706681.html