Les universités et Hautes écoles vont manifester toute cette semaine leur colère contre le programme d’économies de la Confédération. Mardi à Neuchâtel et Lausanne, des dizaines de personnes étaient rassemblées pour dénoncer les conséquences des coupes dans la recherche et d’une hausse potentielle des taxes d’étude.
Des actions ont lieu dans plusieurs villes universitaires romandes cette semaine à Lausanne, Genève, Fribourg, Neuchâtel et Berne. Étudiants, enseignants, chercheuses ou syndicalistes, toutes et tous sont inquiets de ce programme d’austérité de plus de 400 millions de francs par an qui va toucher le monde de la recherche dès 2027, auquel s’ajoutent des restrictions budgétaires cantonales.
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Corps intermédiaires et précarité étudiante
Une septantaine d’étudiants de l’Université de Neuchâtel (UniNE) a manifesté mardi en début d’après-midi dans la cour du Château, en marge de la session du Grand Conseil, à l’appel de la coalition UniNE contre l’austérité. Ils dénoncent des allègements qui « menacent directement les corps intermédiaires ».
« A l’UniNE, la moitié des employés sont membres du corps intermédiaires, qui sont plus nombreux que les professeurs », note une chercheuse. Une étudiante explique également qu’une potentielle hausse des taxes d’études aggraverait la précarité étudiante « qui est déjà un sujet brûlant ».
La chercheuse rappelle de son côté que l’UniNE est la plus égalitaire de Suisse, et un ascenseur social pour la population. « Il faut maintenir une recherche qui sert le bien commun », ajoute-t-elle.
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« Décadence de la qualité de la recherche »
À Lausanne, une cinquantaine de personnes étaient réunies devant l’université pour porter les mêmes revendications. Elles craignent que des programmes de recherche soient abandonnés, mais aussi que les conditions de travail se détériorent, avec des répercussions sur la qualité de l’enseignement.
>> Les précisions de Pascale Defrance dans le 12h45 :
Mobilisation des universités: les précisions de Pascale Defrance à l’UNIL / 12h45 / 58 sec. / aujourd’hui à 12:45
« On est là pour alerter, pour dire que c’est une situation d’austérité extrême qui s’installe progressivement », expose sur place Hazem Chikhaoui, trésorier de l’association du corps intermédiaire et des doctorants (ACIDUL).
Il redoute « des charges de travail énormes, des heures supplémentaires, des répercussions sur la santé mentale et physique des membres du corps intermédiaire et des étudiantes et étudiants, et une décadence dans la qualité de la recherche ».
La hausse des taxes, « rhétorique à condamner totalement »
Par ailleurs, ces coupes budgétaires risquent d’avoir « un impact très fort sur la Suisse et sa position en tant que leader mondial de l’innovation », souligne Alexia Giroud Nyer, coprésidente de l’Association Générale des Étudiant-e-s de l’EPFL (AGEPoly). « Si on arrête de former des ingénieurs, ou qu’on forme de moins bons ingénieurs, on risque d’avoir moins de main d’œuvre qualifiée, ou une main d’œuvre moins compétente », argue-t-elle.
Pour cette étudiante en master, ces coupes de 400 millions de francs sont « du jamais vu » et auront « un impact sans nom » sur l’EPFL. Et hors de question de compenser par une hausse des taxes d’études: « C’est une rhétorique à condamner totalement. On a l’exemple du Royaume-Uni, aujourd’hui, les étudiants n’ont plus envie d’aller dans ces universités où les taxes d’études sont démesurées. On ne veut pas que ça arrive chez nous », fustige-t-elle.
Semaine de mobilisation
Ces mobilisations s’inscrivent dans une semaine de mobilisation nationale. Pour la suite, les manifestantes et les manifestants se disent prêts à tenir le bras de fer, tandis qu’au Conseil national, les parlementaires ont empoigné ce dossier brûlant mardi matin.
En ouverture des débats, la gauche a échoué à renvoyer sa copie au Conseil fédéral: le National a voté l’entrée en matière par 128 voix contre 62. Au total, le Conseil fédéral veut économiser environ 8,5 milliards de francs entre 2027 et 2029 dans le cadre de ce plan.
>> Le suivi de la session des Chambres : La gauche échoue à faire capoter le plan d’économies 2027-2029
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Pierrik Jordan avec Pascale Defrance et ats