Les récentes attaques iraniennes montrent que les monarchies pétrolières du Golfe souvent perçues comme des havre de sécurité ne sont pas à l’abri des tensions géopolitiques. Leur stabilité fondée sur le pétrole et les alliances occidentales est aujourd’hui ébranlée.
Depuis samedi, les Émirats arabes unis, dont Dubaï et Abu Dhabi, sont la cible principale des missiles iraniens. La plupart ont été interceptés, mais certains ont atteint le sol.
L’aéroport international de Doha, au Qatar, et plusieurs sites en Arabie saoudite, au Koweït et au Bahreïn ont également été touchés, y compris l’ambassade américaine à Riyad.
Le choc est d’autant plus important que les frappes ne visent pas seulement les bases américaines présentes dans ces pays, mais également des édifices civils, ce qui renforce l’inquiétude de la population.
Position géographique stratégique
Depuis des décennies, ces monarchies pétrolières ont bâti leur sécurité et leur prospérité sur des alliances économiques, politiques et militaires solides avec Washington et d’autres pays occidentaux.
Au‑delà du pétrole, elles se sont imposées comme des havres de stabilité et de richesse dans une région souvent explosive, tout en devenant des hubs stratégiques de transit aérien et commercial. En effet, leurs compagnies aériennes — Emirates, Etihad ou Qatar Airways — sont largement empruntées par les Européens pour se rendre en Asie ou en Afrique, faisant de ces villes des plateformes presque incontournables pour accéder à d’autres régions du monde.
Des villes comme Dubaï et Abu Dhabi attirent aussi depuis quelques années de nombreux investisseurs et expatriés occidentaux fortunés, séduits par des infrastructures ultramodernes, une fiscalité avantageuse, un environnement sécurisé, et un cadre de vie luxueux.
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Une région qui peut s’avérer vulnérable
Mais ce modèle d’affaires a été ébranlé ces derniers jours, comme en témoignent des situations plus anecdotiques: certains influenceurs français expatriés à Dubaï pour des raisons notamment de sécurité sollicitent désormais leur gouvernement pour être rapatriés en urgence en France.
L’attaque iranienne démontre la vulnérabilité de ces pays, historiquement adeptes du « statu quo ». « C’est un bouleversement pour ces pays parce qu’ils n’ont jamais été confrontés à une situation de ce type », souligne David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique et associé à l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, mardi dans l’émission Tout un monde de la RTS.
Les systèmes de défense, renforcés avec l’aide américaine, ont permis d’intercepter plus de 90% des missiles aux Emirats, mais le choc psychologique reste fort. Le trafic aérien et commercial, pivot de leur modèle économique, a été largement paralysé ces derniers jours. En raison des menaces liées aux frappes iraniennes, notamment les drones, les vols ne décollent et n’atterrissent que sporadiquement. Certains aéroports restent entièrement fermés depuis samedi.
>> Ecouter l’interview de David Rigoulet-Roze dans Tout un monde : La guerre en Iran menace-t-elle le modèle économique des Emirats? Interview de David Rigoulet-Roze / Tout un monde / 7 min. / aujourd’hui à 08:12 Renforcement de l’alliance avec Washington
David Rigoulet-Roze insiste également sur la réponse coordonnée des États du Golfe. « Ce que l’on observe, c’est un resserrement des rangs au sein du Conseil de coopération du Golfe, face à ce qui est présenté comme une agression iranienne ». Pour l’instant, la riposte reste défensive, mais des plans militaires coordonnés sont envisagés.
Selon le spécialiste, les calculs de Téhéran se révèlent maladroits: plutôt que d’éloigner ces pays de l’influence américaine, l’attaque a renforcé leur alliance avec Washington.
Hélène Krähenbühl