Alors qu’une vague de départs touche la police cantonale jurassienne, des policiers dénoncent à la RTS des pressions hiérarchiques et des pratiques douteuses en matière d’amendes. Des témoignages font aussi état de messages WhatsApp à caractère raciste. Un expert va être mandaté par le gouvernement.

L’entretien de plusieurs heures avec les membres de la police cantonale jurassienne qui ont accepté de témoigner anonymement devant les caméras de la RTS s’est déroulé dans un autre canton.

Les policiers interrogés se disent à bout, sous pression de leur hiérarchie. Ils dénoncent notamment la politique interne en matière d’amendes.

« Il n’y a plus de quotas comme c’était le cas à l’époque d’un ancien commandant. Mais sur le fond, chaque policier a l’obligation de mettre des amendes. S’il n’en ramène pas assez, il est convoqué auprès de son supérieur et se fait alors remonter les bretelles. Des comparatifs sont d’ailleurs faits entre les agents », révèle l’un d’entre eux lundi dans le 19h30.

Messages racistes sur WhatsApp

Les policiers rencontrés évoquent également un ancien groupe WhatsApp aux propos racistes. « Au sein de la police jurassienne, le Groupe d’intervention a aussi eu un groupe comme ceux de la police lausannoise, aujourd’hui fermé. Le contenu des messages était inquiétant », raconte un autre policier.

>> Relire : L’inquiétant contenu raciste et sexiste des groupes WhatsApp des policiers lausannois

Il rapporte notamment des messages appelant à « se faire du n*gre, du Yougo ou du Turc ».

Pas « d’objectifs chiffrés »

Contacté par la RTS, le commandant de la police cantonale Damien Rérat n’a pas souhaité s’exprimer. C’est donc le ministre de tutelle Valentin Zuber, en poste depuis trois mois, qui a été interpellé.

Sur la question des amendes, le responsable estime qu’il n’est pas possible de « maîtriser comment cela se passe au niveau inférieur du management, sur le terrain ». Il affirme néanmoins que « ni l’état-major, ni l’autorité politique n’ont jamais donné d’attentes et d’objectifs chiffrés ».

Quant aux messages racistes qui auraient été échangés entre policiers, Valentin Zuber juge que « les faits, s’ils sont avérés, sont graves ». « Mais en l’absence de preuves, il n’est nullement possible de commenter quoi que ce soit. »

>> L’interview de Valentin Zuber dans La Matinale : Le gouvernement jurassien mandate un expert pour effectuer une analyse sur le malaise ressenti par sa police cantonale / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:27 Vague de départs depuis deux ans

A cette ambiance tendue s’ajoutent de nombreux départs. Six agents ont quitté les rangs de la police jurassienne en 2024, puis quinze l’an dernier, sur un effectif de 180 policiers, soit presque 12% de départs en deux ans.

Les policiers « parlent de fatigue, de gens qui n’en peuvent plus, d’un ras-le-bol général », rapporte le député vert-libéral Raoul Jäggi, qui a interpellé le Gouvernement jurassien sur cette question.

Dans une réponse livrée fin janvier, l’exécutif considérait que le « climat de travail au sein de la police cantonale est bon ». « Cette réponse ne correspond pas à la réalité », critique Raoul Jäggi.

Une analyse mandatée

La version du Gouvernement est également démentie par le Syndicat des polices du canton du Jura, qui décrit « ce pic de démissions » comme « le symptôme d’un malaise profond ». « Le thermomètre affiche une fièvre qu’il est temps de soigner », peut-on notamment lire dans un communiqué publié début février.

>> Lire plus de détails : Le syndicat des polices du canton du Jura assure qu’il y a bien un problème de fond

Depuis, malgré des demandes répétées de la RTS, le syndicat n’a plus souhaité s’exprimer publiquement.

De son côté, le Gouvernement a décidé de confier un mandat à un tiers pour effectuer une analyse de la situation et trouver des pistes pour apaiser les tensions.

Sujet TV: Daniel Bachmann

Article web: iar