Depuis la base secrète de l’Ile-Longue, le président français Emmanuel Macron a proposé lundi une coopération européenne inédite pour une « dissuasion nucléaire avancée » avec huit pays, tout en affirmant que le bouton mortel « resterait à Paris ». Il a aussi annoncé un renforcement de l’arsenal français.
« Aujourd’hui plus que jamais, l’indépendance ne peut être la solitude », a lancé Emmanuel Macron depuis la base stratégique de l’Ile-Longue, près de Brest (ouest), en présence de ses principaux ministres concernés et du gotha des forces stratégiques et avec, en arrière-plan, Le Téméraire, l’un des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français.
Devant la multiplication des risques, le dirigeant français estime devoir « passer à une tout autre étape », celle d’une « dissuasion avancée ». Il a cité huit partenaires « prêts »: le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. « L’Allemagne sera un partenaire clé de cet effort », a-t-il affirmé. Les deux pays ont annoncé dans la foulée la mise en place d’un « groupe de pilotage nucléaire » conjoint.
La « décision ultime » reste à Paris
Concrètement, ces pays pourront participer aux exercices nucléaires français et surtout accueillir de possibles « déploiements de circonstances » d’avions français équipés de la bombe sur leurs bases. Selon Emmanuel Macron, ces Rafales seront « disséminés » en profondeur en Europe. Par ailleurs, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni « vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée, a-t-il ajouté.
La marge de manœuvre d’une telle coopération reste toutefois étroite face aux fondamentaux de la doctrine de dissuasion française. « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime ni de sa planification ou de sa mise en œuvre » avec les alliés, a martelé Emmanuel Macron. « La décision ultime » de déclencher le feu nucléaire « revient au seul président de la République », a-t-il martelé.
Le président français s’exprimait face à un public fourni et huppé. [KEYSTONE – YOAN VALAT / POOL]
Depuis son origine, la dissuasion française voulue par le général de Gaulle se veut complètement indépendante et repose sur l’appréciation d’un seul homme, le président, d’une menace contre les intérêts vitaux du pays.
« Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat si puissant soit-il ne pourrait s’y soustraire et aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait », a menacé Emmanuel Macron dans une nouvelle approche des « dommages inacceptables ».
Davantage de bombes, moins de transparence
Cette importante évolution de la doctrine française a été accompagnée d’une autre annonce majeure: une augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises, dont le niveau n’a pas été précisé.
En outre, la France ne communiquera plus sur les chiffres de son arsenal nucléaire, « contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé », a indiqué le président. Mais « il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements, cela n’a jamais été notre doctrine », a-t-il promis.
La France dispose aujourd’hui de 290 ogives nucléaires, selon le centre suédois SIPRI. La Russie et les Etats-Unis détiennent chacun un peu plus de 1700 têtes déployées, la Chine 600 et le Royaume-Uni 225.
« J’ai ordonné d’augmenter le nombre de nos têtes nucléaires » / Verticale RTSinfo / 1 min. / lundi à 17:10 Le « surenchérissement » de la France dénoncé
Fidèle à sa doctrine du « en même temps », le président français a pris soin de réaffirmer « l’attachement de la France » au Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires, tout en actant que le cadre international avait volé en éclat. L’architecture mondiale de maîtrise des armes nucléaires s’apparente à un « champ de ruines », a-t-il asséné.
Et pour cause, le tableau est désolant: le traité américano-russe New Start sur les arsenaux stratégiques vient de s’éteindre, la Russie a dératifié le traité d’interdiction des essais nucléaires et la Chine refuse de s’associer à quoi que ce soit.
Mais au milieu de tout ça, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) basée à Genève fustige le surenchérissement français. Dans une récente tribune publiée par Le Monde, son directeur pointait une responsabilité de Paris dans l’érosion du « tabou nucléaire ». L’hypothèse nucléaire comme gage de sécurité de l’Europe a « ouvert une boîte de Pandore », selon ses auteurs, qui appellent à un débat démocratique sur le sujet.
Pour l’ICAN, Nobel de la Paix 2017, la dissuasion est un problème, pas une solution. Et de rappeler qu’augmenter le nombre de bombes atomiques, c’est augmenter le risque qu’elles soient utilisées.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.
Accepter Plus d’info
jop avec afp et Benjamin Luis