Un compositeur genevois (Frank Martin), un chef d’orchestre genevois (Thierry Fischer), un directeur d’opéra genevois (Alain Perroux) pour un spectacle créé sur un site typiquement genevois: La Tempête est un symbole fort pour ouvrir la saison inaugurale du nouveau directeur du Grand Théâtre de Genève (GTG). Rarement monté, cet opéra – au style «parlé-chanté» qui relève parfois davantage de la musique de scène – voit le jour dans l’écrin du Bâtiment des Forces Motrices (BFM), dont le décor à lui seul éveille un imaginaire de révolution industrielle et de poésie maritime, en lien direct avec la pièce originelle de Shakespeare.

Le défi est immense. D’abord parce qu’il s’agit de réhabiliter un ouvrage négligé dans un espace qui n’est pas dédié à des productions lyriques. Ensuite parce que l’audience est confrontée à un opéra qu’elle ne connaît guère. Magie, forces occultes, science, intrigues politiques, quête de pouvoir, désillusion, jusqu’à la posture éthique qu’incarne la noble figure de Prospero: ces thèmes irriguent l’unique opéra de Frank Martin, follement épris du sujet. Créé d’abord à Vienne en 1956, en langue allemande d’après une traduction d’August Wilhelm Schlegel, puis en langue française au GTG en 1967, dans une traduction réalisée à partir de l’allemand par la sœur du compositeur, le livret a été légèrement remanié pour cette reprise en 2026.