Les soeurs pianistes Katia et Marielle Labèque, 75 et 73 ans, sont complices dans la vie comme sur l’estrade. A la veille de leurs concerts lausannois des 4 et 5 mars aux côtés de l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL), éclairage sur un duo légendaire qui joue sur ses différences plutôt que ses similarités.
Depuis le début des années 1970, Katia et Marielle Labèque mènent une brillante carrière. Nées au Pays basque, à Bayonne (F), d’une mère pianiste et d’un père médecin, elles ont passé plus de 50 ans à jouer ensemble. Aujourd’hui encore, le duo est acclamé dans le monde entier.
Nous n’avons jamais essayé de gommer quoi que ce soit, ni essayé de jouer l’une comme l’autre. Je pense que ce sont vraiment ces contrastes qui font que le duo devient intéressant.
Katia Labèque dans une interview RTS en 2017
Leurs ambitions musicales ont débuté dès leur plus jeune âge. Réputées pour leur synchronisme et leur énergie, les deux sœurs et pianistes acquièrent une renommée internationale avec leur interprétation contemporaine de la « Rhapsody in Blue » de Gershwin en 1980 (l’un des premiers disques d’or de la musique classique, vendu à plus d’un million d’exemplaires) et ont depuis développé une carrière étonnante avec des représentations dans le monde entier.
Loué pour sa technique et sa musicalité, ce duo légendaire se produit dans un large répertoire qui s’étend de Mozart à Philip Glass. Ce qui n’empêche pas les deux soeurs d’être exigeantes l’une envers l’autre. « Nous sommes très dures, car c’est la seule façon de progresser vite. On ne laisse vraiment rien passer, car on sait très bien ce que l’autre peut produire et ce dont elle est capable », expliquait Katia Labèque à la RTS en 2017.
>> A écouter, un entretien avec Katia et Marielle Labèque en 2017 : Rencontre avec les soeurs Labèque / Magnétique / 26 min. / le 29 juin 2017 Rester ensemble
C’est à l’âge de 17 et 19 ans, alors qu’elles viennent toutes deux de terminer le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, que leur vient l’idée de poursuivre ensemble. « Le fait de sortir ensemble du Conservatoire nous a amenées à former un duo. Parce que si l’une était sortie un an avant l’autre, cela n’aurait pas été possible au point de vue carrière, car l’une aurait déjà commencé à donner des concerts pendant que l’autre serait encore restée au Conservatoire », indiquait Katia Labèque en mars 1969 au micro d’Henri Jaton à Genève, dans une archive RTS.
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Après avoir longtemps invoqué la richesse du répertoire pour deux pianos comme « prétexte » à demeurer aux côtés l’une de l’autre, les deux soeurs l’admettent sans détour: elles n’avaient aucune envie de se séparer.
« Avec le recul des années, la véritable motivation pour nous était de rester ensemble. Nous avions envie de voyager, de partager notre vie ensemble, ce que nous avons fait depuis tellement d’années. (…) Nous avons contribué à enrichir le répertoire pour deux pianos et à apporter le plus possible d’éléments nouveaux à la littérature pour deux pianos. Deux pianos, cela peut devenir très vite mécanique et ennuyeux. (…) Au niveau du répertoire classique, nous n’avons pas l’immensité du répertoire pour piano solo, on ne peut pas comparer. Donc notre travail ces dernières années avec Marielle a vraiment été de commissionner et d’encourager les compositeurs à écrire pour deux pianos et orchestre, ce qui est extrêmement difficile », confiait Katia Labèque au 2015 à la RTS.
C’est merveilleux de partager ce que l’on aime avec une personne qu’on aime. Cela tient du miracle. On ne pensait pas que cela allait tenir aussi longtemps, aussi bien. (…) D’être à deux, c’est formidable. On parle de tout, on a beaucoup de chance.
Marielle Labèque, dans une interview de la RTS en 2015 Des concerts dans le monde entier
Mercredi et jeudi à Lausanne, Katia et Marielle Labèque se produiront dans le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Francis Poulenc, né dans le Paris des années 30 et qui reflète l’effervescence culturelle de l’entre-deux-guerres. Les Six Danses populaires roumaines de Bartók et la Symphonie n°4 en la majeur, op. 90, « Italienne », interprétées par l’Orchestre de chambre de Lausanne, complètent le programme de ces concerts placés sous la direction de la cheffe estonienne Kristiina Poska.
Ensuite, Katia et Marielle Labèque mettront le cap sur Crémone, Los Angeles, Cracovie, Séoul, Taipei, Madrid et Valence, où elles se produiront d’ici à fin juin 2026. Cette longévité et cette complicité musicale sont, à n’en pas douter, proprement exceptionnelles.
Melissa Härtel
Concerts de Katia et Marielle Labèque et de l’Orchestre de chambre de Lausanne sous la direction de Kristiina Poska, Théâtre de Beaulieu, Lausanne, 4 et 5 mars 2026.
Ce concert est diffusé sur RTS Espace 2 le jeudi 12 mars 2026, dès 19h30, dans Concert du soir