Dix jours après la fin des Jeux olympiques, RTSsport s’intéresse au risque pour les athlètes de tomber dans un blues post compétition. Selon une étude danoise de 2023, 27% des sportives et sportifs déclarent un bien-être inférieur à la moyenne et 16% ressentent des symptômes modérés à sévères de dépression. Sport Matin s’est penché sur le sujet.
Les JO, c’est le graal pour les sportifs. Ils et elles se préparent intensément durant des mois, ils ont l’attention médiatique qui monte crescendo au fur et à mesure que l’événement arrive, tout le monde parle d’elles et eux… et d’un coup plus rien. C’est là qu’un vide et une perte de sens peuvent parfois frapper sans prévenir.
Eclairage avec Laurence Chappuis, co-présidente de l’association suisse de psychologie du sport et de préparation mentale, ainsi que témoignages audio de Mathilde Gremaud, championne olympique de slopestyle, et de Pirmin Werner, vice-champion olympique de saut acrobatique par équipe.
RTSsport.ch: Laurence Chappuis, pourquoi survient-il, ce blues post-grand événement sportif pour les athlètes?
LAURENCE CHAPPUIS: Cela peut arriver selon la situation dans laquelle l’athlète se trouve avant le grand événement, selon ce qui se passe sur place, selon comment cette personne est entourée et selon ce que cette personne a à faire après. Cela dépend de beaucoup de facteurs, en réalité. Cela ne va pas arriver à tout le monde, ce n’est pas forcément quelque chose qui se passe après les Jeux, ça dépend aussi du travail qui a été fait avant. C’est mieux si les athlètes sont accompagnés par des professionnels en amont. C’est également bien de savoir ce qu’on va faire après les Jeux, sans se mettre un programme trop intense. Cela se prépare.
Sport matin – Le blues post-JO / Sport matin / 4 min. / aujourd’hui à 06:39
RTSsport.ch: Est-ce qu’on pourrait tirer un parallèle avec ce qui arrive pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde?
LAURENCE CHAPPUIS: Oui, cela peut arriver même en dehors du sport. Par exemple au sortir d’une période très intense où il y a quelque chose de très particulier à préparer et à vivre et qu’après on a l’impression qu’il n’y a plus rien, Cela peut donner cette vie un peu vide, sans sens, qui peut être difficile à supporter si on ne s’y attendait pas et qu’on ne comprend pas ce qui se passe surtout.
RTSsport.ch: Y’a-t-il des facteurs qui favorisent un blues post-JO ?
LAURENCE CHAPPUIS: Il y a des facteurs de risque, par exemple si l’athlète a déjà une sorte de fond de dépression ou une humeur fluctuante. Des sportifs peuvent très bien performer mais par ailleurs avoir des soucis de santé mentale; oui, ça existe. Il y a également des facteurs sociaux: comment la personne est entourée, comment la personne passe du temps avec ses amis, sa famille, etc. Et puis après, il y a des facteurs qui sont liés justement à toute cette préparation; comment cela a été fait, comment ça a été mis en mots.
Le coup de blues n’a rien à voir avec les résultats obtenus. C’est quelque chose qui est plutôt lié à l’intensité vécue sur place, émotionnelle, comme médiatique…
Laurence Chappuis, co-présidente de l’association suisse de psychologie du sport et de préparation mentale
RTSsport.ch: Est-ce que certains facteurs plus personnels peuvent amener à ces situations? Par exemple, un athlète n’assumant pas forcément sa non-hétérosexualité ou d’autres choses, qui font qu’il ou elle n’est pas forcément aligné et ne peut pas parler de tout?
LAURENCE CHAPPUIS: Je dirais que toute situation qui n’est déjà pas forcément facile peut, dans ces moments-là, être un peu plus critique. On le sent quand on est un peu moins bien et qu’il nous arrive quelque chose de difficile; on gère moins bien, on a moins de ressources. Mais il existe aussi des facteurs protecteurs. Est-on est bien outillé pour faire face à ces difficultés, à ces particularités, à sa singularité ou à des événements de vie un peu complexes?
RTSsport.ch: On parle beaucoup des Jeux mais cela touche aussi après d’autres événements…
LAURENCE CHAPPUIS: Oui, mais ll y a un focus particulier sur les JO. On regarde beaucoup la télé, il y a davantage de médiatisation et les sportifs sont beaucoup interrogés. Un zoom est vraiment mis sur eux à ce moment-là. Ensuite, chacun repart un peu dans sa vie, ce qui fait qu’ils peuvent avoir l’impression qu’on les a déjà oubliés peu de temps après.
RTSsport.ch: Est-ce que les résultats jouent un rôle?
LAURENCE CHAPPUIS: Non, cela n’a rien à voir avec les résultats obtenus. Ce n’est pas parce qu’on a fait des résultats incroyables que ça protège. C’est quelque chose qui est plutôt lié à l’intensité vécue sur place, émotionnelle, comme médiatique. On entend parfois, « il passe à côté de ses Jeux » ou « incroyable ce qui a été fait », mais ce n’est pas tellement cela qui va avoir une répercussion sur l’apparition ou non d’un coup de blues.
Entretien et sujet audio réalisés par Anthony Loewer (adaptation web: ace)