La production de séries locales s’impose de plus en plus comme un levier stratégique pour les médias de service public. Entre concurrence des plateformes internationales et attentes croissantes du public pour des récits ancrés dans leur réalité, les diffuseurs nationaux cherchent à affirmer leur rôle dans la création audiovisuelle. En Suisse, la SSR joue à cet égard un rôle central en soutenant financièrement le développement de films et de séries tournés dans le pays. La nouvelle fiction « Dérapages », produite par la RTS et tournée à Genève, s’inscrit dans cette dynamique.

Un drame ordinaire qui fissure une brigade
Disponible dès le 23 avril sur Play RTS puis diffusée chaque dimanche soir à partir du 26 avril sur RTS 1, la série plonge dans le quotidien d’une brigade de police genevoise après qu’une intervention apparemment banale dégénère en drame. Lors d’un tapage nocturne, une femme est abattue par son mari tandis qu’un policier est grièvement blessé. L’événement agit comme un révélateur des tensions internes et des fragilités qui traversent l’équipe dirigée par Charlie, interprétée par Anna Pieri Zuercher.

Au fil des six épisodes, la série explore les trajectoires de plusieurs policiers confrontés à leurs propres limites. Axelle, jeune recrue idéaliste incarnée par Luàna Bajrami et fille du commissaire joué par Frédéric Pierrot, découvre la brutalité du terrain. Nico, policier expérimenté interprété par Thibaut Evrard, reste marqué par un deuil. Karim, joué par Younès Boucif, tente de prouver sa légitimité au sein du groupe, tandis que Maddie (Léonie Simaga) doit composer avec les conséquences de ses sentiments. Lewis (Kacey Mottet-Klein), au charme teinté d’un passé douloureux, et Sancho (Jeremy Lewin), dont la douceur contribue à maintenir l’équilibre du collectif, complètent cette galerie de personnages.

Explorer l’humain derrière l’uniforme
Créée par Romain Graf et Chloé Devicq, avec l’écriture de Léo Maillard, « Dérapages » revendique une approche humaine du récit policier. La série s’éloigne des ressorts spectaculaires traditionnels du genre pour s’intéresser aux mécanismes qui peuvent conduire au drame : la routine du métier, l’ego, la fatigue ou encore la responsabilité collective. L’intrigue s’attache ainsi à montrer l’humain derrière l’uniforme, tout en décrivant les liens qui se nouent dans un groupe confronté à une crise.

La fiction suisse portée par le service public
Cette production illustre également le rôle structurant du service public dans l’écosystème audiovisuel suisse. La SSR investit chaque année environ 50 millions de francs dans la production de films et de séries nationales. Aux côtés de l’Office fédéral de la culture et de Cinéforom, elle constitue l’un des principaux soutiens financiers du secteur.

Dans ce cadre, la RTS coproduit chaque année deux à trois séries tournées en Suisse. Des projets comme « The Deal », « Intraçables » ou « Winter Palace » témoignent de cette volonté de proposer des récits ancrés dans les réalités locales tout en visant une visibilité internationale. Avec « Dérapages », la chaîne poursuit cette stratégie éditoriale en mettant en scène un drame policier situé à Genève, reflet d’un territoire et de ses tensions, mais aussi d’un savoir-faire de plus en plus affirmé dans la fiction télévisée helvétique.