Victime de harcèlement scolaire dans le canton de Vaud, Thomas, 12 ans, a été hospitalisé au CHUV après avoir développé des pensées suicidaires. Son témoignage bouleversant met en lumière les conséquences parfois dramatiques de ce phénomène, alors que des députés vaudois réclament un renforcement du dispositif cantonal.
Pour Thomas, la rentrée qui vient de débuter marque la fin d’un long cauchemar. Après une violente descente aux enfers l’an dernier, cet écolier vaudois reprend peu à peu goût à la vie. Pendant plusieurs mois, il a subi quotidiennement des violences verbales et physiques de la part de plusieurs camarades de son école.
« Ils me croisaient, hop un petit croche-patte, puis un petit coup de coude dans le ventre ou un coup de poing. Souvent, ils venaient se moquer de moi ou commençaient à m’insulter: ‘Tu ne sers à rien, t’es un gros connard' », explique-t-il jeudi dans le 19h30.
Lui-même nous disait: ‘Ne me laissez pas seul.’ Nous étions démunis, nous ne savions plus quoi faire
Valérie, maman de Thomas, victime de harcèlement scolaire
Des faits largement dissimulés au regard des adultes. Alertée par Thomas et ses parents, une enseignante a tenté durant plusieurs semaines de gérer la situation. Mais l’état psychologique de l’écolier s’était déjà fortement détérioré.
« Il m’a parlé de l’autoroute: ‘L’autoroute est proche de l’école, maman, et j’ai peur d’aller enjamber la barrière.’ Là, ça a été la goutte d’eau. Je me suis dit que ça ne jouait pas. Pendant une semaine, on a été collés à lui. Lui-même nous disait: ‘Ne me laissez pas seul.’ Nous étions démunis, nous ne savions plus quoi faire », se souvient Valérie, sa maman.
Un dispositif étoffé
Accompagné de ses parents, Thomas s’est rendu aux urgences du CHUV avant d’être admis dans une unité hospitalière pour enfants et adolescents. Son cas, jugé rare, interpelle le canton de Vaud, qui fait de la lutte contre le harcèlement scolaire une priorité depuis 2018.
Un dispositif de prévention et de prise en charge du harcèlement-intimidation entre élèves est mis en place depuis 2015. Il repose notamment sur la sensibilisation au sein des écoles ainsi qu’à la formation des professionnels à la méthode de la préoccupation partagée, une méthode qui vise à faire cesser les situations de harcèlement en impliquant les élèves concernés et les témoins.
En 2026, le canton renforce encore ce dispositif avec de nouveaux outils pédagogiques, des ateliers et des vidéos de sensibilisation. Ces mesures seront testées dès cet automne et elles permettront « de mieux comprendre ces situations, de mieux les appréhender et de savoir comment réagir », explique Raphaël Gerber, directeur général adjoint à la Direction psychologie, psychomotricité, logopédie en milieu scolaire du canton de Vaud.
Le Grand Conseil veut agir
Malgré les mesures mises en place par le canton, l’école doit pouvoir aller plus loin dans la lutte contre le harcèlement, estiment une soixantaine de députés vaudois. Ils demandent via une motion déposée en mars dernier au Grand Conseil que le Conseil d’Etat élabore une base légale afin d’uniformiser les pratiques d’un établissement à l’autre. Ce cadre permettrait aussi d’accentuer la prévention dès le plus jeune âge et de sanctionner les auteurs de harcèlement.
Selon Sébastien Cala, député socialiste au Grand Conseil vaudois, la réponse apportée reste aujourd’hui « dépendante des personnes présentes ». Il estime qu’avec un « cadre légal qui donne un certain nombre de responsabilités, mais aussi un certain nombre de compétences », il serait possible d' »avoir une uniformisation » et de « s’assurer qu’il y ait une meilleure réponse ».
Si la motion est acceptée par le Grand Conseil, cette base légale serait une première en Suisse. Thomas l’attend avec impatience. « Maintenant, ils sont en train de s’en prendre à quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’a pourtant rien demandé », confie-t-il.
>> Revoir aussi le sujet du 19h30 sur le harcèlement scolaire et le suicide de Morane :
Harcèlement scolaire: témoignages / 19h30 / 4 min. / le 7 septembre 2025
Maude Richon/miro