Dans les déserts ou en Antarctique, des morceaux de Lune ont déjà été retrouvés sur Terre. Les scientifiques les qualifient de météorites lunaires. Des roches éjectées de notre satellite naturel par l’impact d’un objet céleste. Sur le même principe, celles que l’on appelle les météorites martiennes sont bien plus rares. Elles existent pourtant bel et bien. Elles ont même soufflé aux chercheurs une idée troublante. Presque dérangeante.

Si des roches peuvent voyager de planète en planète, des formes de vie pourraient-elles profiter de l’occasion pour se faire discrètement transporter d’un monde à l’autre ? Cette hypothèse – les scientifiques lui ont donné le nom de panspermie – n’est pas nouvelle. Elle remonte à bien avant la découverte (et la confirmation) des premières météorites martiennes dans les années 1980.

Au XIXe siècle, le physicien britannique Lord Kelvin suggérait déjà que des organismes vivants auraient pu être éjectés de la surface d’une planète « habitée » de notre Système solaire à l’occasion de chocs avec de petits corps célestes et arriver jusqu’à la Terre. Une équipe de la Johns Hopkins University (États-Unis) fournit aujourd’hui des preuves inédites que l’idée n’est pas complètement folle.

Can alien life survive being shot across space onto another planet? Dr. K.T. Ramesh says…probably!

“This is a really big deal that changes the way you think about the question of how life begins and how life began on Earth.”

Full story here: https://t.co/8vwpIwjqut

— JHUMECHE (@jhumeche) March 3, 2026Une bactérie soumise à des pressions extrêmes

Dans la revue PNAS Nexus, les chercheurs expliquent comment ils se sont intéressés à une bactérie réputée increvable. Parce qu’elle est capable de survivre aux conditions les plus inhospitalières. Deinococcus radiodurans vit dans les hauts déserts du Chili et elle résiste au froid, à la sécheresse et aux radiations.

« Nous ignorons encore s’il existe de la vie sur Mars, mais si c’est le cas, elle possédera probablement des capacités similaires », estime dans un communiqué K.T. Ramesh, l’auteur principal de l’étude.

Alors son équipe a posé la question : Deinococcus radiodurans, la bactérie la plus résistante que nous connaissons, peut-elle survivre à la violence d’un impact sur Mars ? Le type d’événement qui pourrait éjecter des roches martiennes jusqu’à notre Terre. La réponse allait dépasser toutes leurs attentes.

Et si les origines de la vie étaient multiples ? © Ivan Traimak, Adobe Stock

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Les chercheurs ont placé le microbe entre des plaques métalliques. Ils ont tiré dessus avec un projectile à l’aide d’un canon à gaz. Le projectile a percuté les plaques à des vitesses atteignant 480 kilomètres par heure. Le tout générant une pression de 1 à 3 gigapascals (GPa). Se rapprochant des pressions que subissent les roches arrachées à Mars lors de gros impacts, selon les modélisations scientifiques.

Plus concrètement, si vous vous demandez ce que ça peut représenter, sachez qu’au fond de la fosse des Mariannes, le point le plus profond de l’océan, la pression est de l’ordre d’un dixième de gigapascal seulement ! Autrement dit, les chercheurs ont soumis leurs bactéries à au moins 10 fois plus que ce que les profondeurs terrestres imposent.


Des chercheurs de la Johns Hopkins University (États-Unis) ont testé la résistance aux impacts d’astéroïdes d’une bactérie extrêmophile, Deinococcus radiodurans. Ici, en images, la façon dont le microbe s’en est sorti. À gauche, Deinococcus radiodurans dans des conditions normales, au milieu après une frappe générant une relativement faible pression et à droite, après une frappe générant une pression élevée. © Lisa Orye, Johns Hopkins University

Sur l’origine de la vie sur Terre

Quelques analyses génétiques plus tard, les chercheurs rapportent que les bactéries Deinococcus radiodurans ont survécu à la quasi-totalité des tests à 1,4 GPa. « Nous pensions qu’elles mourraient à cette pression », confie Lily Zhao, une doctorante de l’équipe. Mais aucun dommage n’a même été observé sur les microbes ainsi testés. Increvable, on vous dit. Alors, les chercheurs ont augmenté progressivement la pression. « Nous avons continué d’essayer de les tuer, mais c’était vraiment difficile. » À 2,4 GPa, 60 % survivaient encore. Avec, toutefois, des lésions membranaires et internes.

Et nous pourrions y gagner la double « nationalité » de Terriens et… de Martiens !

« Nous avons démontré que la vie peut survivre à un impact et à une éjection de grande ampleur, estime Lily Zhao. Cela signifie que la vie peut potentiellement se propager entre les planètes ». Les implications sont majeures pour ceux qui continuent à vouloir démêler les fils de l’origine de la vie sur Terre. Les racines de notre arbre généalogique pourraient bien être à rechercher sous d’autres cieux. Et nous pourrions y gagner la double « nationalité » de Terriens et… de Martiens, voire au-delà !


L’idée est dans l’air depuis le XIXe siècle au moins : la vie sur Terre pourrait être arrivée d’une autre planète. Les expériences menées par une équipe de la Johns Hopkins University (États-Unis) montrent que l’hypothèse résiste étonnamment bien aux tests. © Elenarts, Adobe Stock

Également une question de défense planétaire

Au-delà, la découverte pose des questions de protection planétaire. Des mesures strictes visant à éviter toute contamination par des organismes terrestres de planètes potentiellement habitables comme Mars lors de missions spatiales sont déjà mises en œuvre. Et vice versa.

 Nous sommes en 2020, et nous ne connaissons toujours pas l'origine de la vie sur Terre. © Dottedyeti, Adobe Stock

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Mais ces derniers résultats suggèrent qu’en cherchant la vie ailleurs, nous pourrions bien être amenés à la réveiller là où personne ne l’attend. Sur des corps célestes qui ne sont pas visés par la protection planétaire. Comme les lunes martiennes. « Il nous faudra peut-être être très prudents quant aux endroits que nous visitons », estime K.T. Ramesh.

En attendant, les chercheurs comptent élargir leurs connaissances à ce sujet en étudiant si des impacts d’astéroïdes répétés sont de nature à engendrer des populations bactériennes plus résistantes ou si les bactéries s’adaptent à ce type de stress. Ils aimeraient également déterminer si d’autres organismes, notamment des champignons, peuvent survivre dans ces conditions.