Le chiffre est stupéfiant : en France, 6 millions de personnes ont les reins malades et l’ignorent. Cette pathologie est « sournoise », souligne Matthias Aballéa, directeur de l’Hôtel-Dieu, à Pont-l’Abbé. Les symptômes ne deviennent visibles qu’à un stade avancé. « Si on ne réalise pas d’action volontaire de dépistage, on peut facilement passer au travers ».
Un test simple
Face à l’absence de signes avant-coureurs, l’association France Rein et l’AUB (Association des Urémis de Bretagne) multiplient les campagnes de prévention, comme celle qui sera organisée à l’Hôtel-Dieu, jeudi 12 mars 2026. De 9 h à 17 h, un dépistage gratuit, anonyme et sans rendez-vous sera proposé au niveau des consultations externes. « Le patient recueille un échantillon d’urine dans un flacon mis à sa disposition », précise Jean-Marie Corbeau, atteint de polykystose, une maladie rénale héréditaire, président de France Rein Cornouaille depuis septembre 2024. Une bandelette réactive permet ensuite de détecter immédiatement trois indicateurs de dysfonctionnement : l’albumine (protéines), le sang, le glucose.
52 anomalies sur 224 dépistages
Si la bandelette révèle une anomalie, le patient n’est pas diagnostiqué malade sur-le-champ, mais cette alerte vise à l’inciter « à consulter son médecin traitant, souligne Jean-Marie Corbeau, pour réaliser des examens complémentaires, et notamment pour mesurer la créatinine et le débit de filtration », seuls examens confirmant le diagnostic. Lors d’une campagne 2025 organisée à Pont-l’Abbé, sur 224 dépistages réalisés, 52 personnes présentaient au moins une anomalie.
« Plus on détecte tôt, plus on dépiste, plus on arrive à retarder l’entrée en dialyse », insiste Matthias Aballéa. Car lorsque les reins ne remplissent plus leur rôle de filtre, deux options vitales s’imposent. La première, c’est la dialyse, un processus lourd, à raison de « trois séances de 4 heures par semaine », faisant office de rein artificiel. Outre sa pénibilité et sa fatigue organique, son coût est majeur pour la collectivité : « environ 60 000 € par an et par patient », détaille Jean-Marie Corbeau. La deuxième solution c’est la greffe. Bien qu’elle offre une meilleure qualité de vie, l’attente moyenne en Bretagne est de 2 à 3 ans. La durée de vie d’un greffon est d’environ 15 ans, obligeant parfois certains patients à retourner en liste d’attente pour une seconde, voire une troisième transplantation.
« Retarder l’arrivée du patient en dialyse »
« Le but aussi de la prévention, c’est de retarder l’arrivée du patient en dialyse quand la fonction rénale baisse », explique Jean-Marie Corbeau. Pour cela, il faut adopter des réflexes simples : une alimentation équilibrée, une hydratation régulière (1,5 à 2 litres d’eau par jour), une activité physique adaptée pour lutter contre la sédentarité.
Ces actions de sensibilisation se poursuivront lors du Rendez-vous santé du Pays Bigouden organisé le samedi 30 mai, une journée multi-thématique visant à alerter les publics, y compris les plus jeunes, sur cette maladie invalidante.