Entre eux et les autres, il y a une centaine de mètres et plusieurs centaines d’euros d’écart. À Bormio, le monde se divise en deux catégories finalement : ceux qui paient pour voir les meilleurs skieurs du monde dévaler la mythique Stelvio, et ceux qui sont beaucoup plus malins. Et en plus, il n’est pas certain que les spectateurs ayant déboursé des centaines d’euros soient les mieux lotis. « Ils sont fous ! », ne digère pas Alberto. Le quinqua, qui vit à quelques kilomètres de là, à Valdisotto, hallucine encore des prix pratiqués par le comité d’organisation afin d’assister aux épreuves masculines de ski alpin : 100 euros pour être au bord de la piste et 220 euros pour se poser dans la tribune.
Alors, Alberto n’est pas plus bête qu’un autre, et il fait comme des centaines de personnes depuis le début des Jeux chaque jour de course. Il prend une navette pour entrer dans la station, marche jusqu’à la piste, avance le plus possible et se pose, debout, derrière les barrières le long de la via Battaglion Morbegno, pour admirer le spectacle. Le tout sous le regard bienveillant des forces de l’ordre qui en profitent également pour zieuter de temps à autre la course (surtout quand un Italien s’élance). Aussi fou que cela puisse paraître, on y voit aussi bien qu’en tribune et gratuitement.
Une meilleure ambiance
La configuration du site aide beaucoup, la station n’est pas entourée de résidences hôtelières surdimensionnées, mais seulement de quelques petits immeubles ou de chalets, ce qui permet d’avoir une vue imparable sur la Stelvio et le front de neige. Bonus supplémentaire : le grand écran disposé en bord de piste qui permet de regarder le haut du parcours et les classements. « On ne s’attendait pas à ça, n’en revient pas Sylvain, supporter de l’équipe Suisse, qui marche sur le ski alpin masculin dans ces Jeux. On s’est dit qu’on allait tenter notre chance, essayer de profiter un peu de l’ambiance, mais là on voit super bien ! »
Alors que l’ambiance dans la tribune est morose depuis le début des Jeux, loin de l’idée que l’on se fait d’un contexte olympique, ce parcage improvisé chaque jour de course relève la moyenne. Plus populaire, plus drôle aussi, il permet de vivre les JO autrement. « Ils n’avaient qu’à pas mettre les billets aussi cher !, tonne Giulia, mamie bien énergique et enfant de Bormio. Ils ne voulaient pas de nous, mais seulement de touristes étrangers. On est quand même là ! » Et gratuitement en plus.