L’énorme consommation de missiles antiaériens américains Patriot au Moyen-Orient a des répercussions pour la Suisse. L’armée devra patienter encore plus longtemps avant de recevoir les systèmes de défense aérienne Patriot commandés, comme l’ont confirmé à SRF des sources au sein de l’administration fédérale.
Les Émirats arabes unis ont intercepté à eux seuls plus d’un millier de missiles et de drones iraniens depuis dimanche. Ils étaient notamment équipés de missiles Patriot. Un seul missile intercepteur du fabricant américain Raytheon coûte en moyenne trois millions de francs suisses.
Les missiles Patriot sont consommés plus rapidement qu’ils ne sont fournis. Les pays du Golfe ont demandé des systèmes supplémentaires à divers pays européens. L’Ukraine, qui dépend fortement du système Patriot pour protéger ses infrastructures énergétiques et ses villes, craint de ne plus recevoir suffisamment de missiles Patriot en raison du conflit avec l’Iran.
Des lance-roquettes d’une batterie antimissile américaine Patriot sont déployés à un emplacement stratégique dans la ville de Koweït, le mardi 26 janvier 1999. [KEYSTONE – GUSTAVO FERRARI] Retard de plus de cinq ans
Côté suisse, le directeur général de l’armement Urs Loher s’est rendu aux États-Unis la semaine dernière, avant l’attaque israélo-américaine sur l’Iran. Selon les recherches du média public alémanique SRF, les autorités suisses ont appris que le délai de livraison du système Patriot pourrait durer cinq ans. Le Département fédéral de la défense, de la protection civile et des sports (DDPS) s’attend même à devoir patienter encore plus longtemps pour réceptionner les cinq unités Patriot commandées en raison de la guerre en Iran. À l’origine, elles auraient dû être livrées à la Suisse dès cette année.
Cette évolution ne surprend pas les responsables de la politique de sécurité au Parlement. « On soupçonnait depuis longtemps déjà que la Suisse n’était plus en mesure d’être approvisionnée », témoigne à SRF Werner Salzmann, conseiller aux États UDC. « Avec le déclenchement de la guerre au Proche-Orient, la situation va encore empirer. »
Des unités de missiles guidés Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3) des Forces aériennes d’autodéfense japonaises sont visibles au siège du ministère de la Défense, dans le centre de Tokyo, au Japon, le 9 avril 2012. [KEYSTONE – FRANCK ROBICHON]
La conseillère nationale PS Franziska Roth demande l’annulation du programme d’acquisition des systèmes Patriot. Un système de défense aérienne à longue portée comme le Patriot n’est pas une priorité. « Ce dont nous avons besoin, ce sont des systèmes de défense contre les drones », estime-t-elle.
L’acquisition des Patriot ne doit en aucun cas être stoppée, répondent les responsables politiques du camp bourgeois en charge de la sécurité, comme le conseiller aux États PLR Josef Dittli. Même avec du retard, la Suisse aura encore besoin du système Patriot. « Mais nous avons également besoin de moyens supplémentaires, et ce le plus rapidement possible. Le Conseil fédéral doit maintenant s’atteler à l’acquisition de ces moyens supplémentaires », défend Josef Dittli.
Martin Pfister pour une solution de rechange
Selon les recherches de SRF, le conseiller fédéral en charge de la Défense Martin Pfister souhaite acquérir un autre système de défense aérienne comme alternative au Patriot. Une décision de principe à ce sujet devrait être prise lors de la réunion du Conseil fédéral vendredi. Le système SAMP/T du consortium français Eurosam pourrait constituer une alternative. Apparemment, Martin Pfister ne souhaite toutefois pas annuler la commande des systèmes Patriot.
On ignore encore ce qu’il adviendra des 650 millions de francs que la Confédération a déjà versés aux États-Unis pour l’acquisition des systèmes Patriot. Après que les États-Unis ont informé le Conseil fédéral, l’été dernier, de retards dans la livraison des Patriot, le DDPS a suspendu tout paiement supplémentaire pour ce système de défense aérienne américain, dont le coût s’élève à au moins deux milliards de francs suisses.
La question du financement d’une livraison rapide d’un système de défense aérienne alternatif reste en suspens. Il y a quelques semaines, SRF a révélé que le DDPS ne disposerait pas, au cours des deux prochaines années, des moyens financiers nécessaires pour effectuer les paiements initiaux indispensables à l’acquisition de nouveaux systèmes.
Interrogé mercredi par SRF, le DDPS a déclaré que le Conseil fédéral se pencherait sur la suite de la procédure d’acquisition des systèmes Patriot. Il n’a pas souhaité faire d’autres commentaires à ce sujet.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.
Accepter Plus d’info
Sujet original: Andy Müller et Dominik Meier (SRF)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)