Pour sa 40e édition, le Festival International du Film de Fribourg (FIFF) entend plus que jamais affirmer sa vocation : interroger le monde à travers le cinéma. Du 20 au 29 mars 2026, la manifestation fribourgeoise présentera 114 films provenant de 62 pays, dont 58 premières, confirmant son rôle de plateforme internationale attentive aux récits venus de contextes politiques et culturels multiples.
Cette édition jubilaire se veut à la fois festive et engagée. « Depuis sa création, le FIFF ne parle que du nécessaire : il est question de liberté d’expression, d’émancipation, de lutte ; de vie et de mort, en somme », souligne son directeur artistique Thierry Jobin. Le festival revendique ainsi un cinéma « mû par l’urgence », capable de confronter le public à des réalités parfois inconfortables mais essentielles.
La compétition internationale réunira 27 premières – 12 longs métrages et 15 courts – qui plongent au cœur de conflits contemporains ou de traumatismes historiques. Les films évoquent notamment la guerre du Vietnam, la guerre en Ukraine, la répression en Iran ou encore la dictature chilienne de la fin du XXe siècle. Au-delà des grands enjeux géopolitiques, ces récits privilégient souvent des trajectoires intimes et des dilemmes humains, comme celui d’un couple cherchant refuge dans son appartement lors des premiers bombardements russes dans le film ukrainien Honeymoon.
Un cinéma politique qui passe aussi par la comédie
Parmi les thèmes récurrents de la sélection figure celui de la censure, abordé frontalement dans Divine Comedy du réalisateur iranien Ali Asgari. Le film rappelle que des sujets graves peuvent aussi être traités à travers les codes de la satire ou de la comédie, une approche que l’on retrouve également dans plusieurs autres œuvres programmées cette année.
Le festival s’ouvrira avec A Sad and Beautiful World, film libanais représentant du pays aux Oscars 2026, qui met en scène un couple confronté à des décennies d’instabilité politique. La clôture sera assurée par Homo Sapiens?, une satire argentine composée de plusieurs sketches qui examine avec ironie les contradictions d’une société sous tension.
L’actualité internationale se reflète également dans les programmes de courts métrages, dont plusieurs œuvres proviennent du Soudan, d’Ukraine, de Palestine ou d’Iran. Autant de perspectives qui témoignent de la volonté du FIFF de relier engagement artistique et expérience collective du cinéma.
Regarder l’histoire du festival pour penser l’avenir
Pour marquer cette édition anniversaire, le FIFF propose également plusieurs sections rétrospectives consacrées à son histoire. La section Décryptage : la 1e édition du FIFF reviendra sur la naissance du festival en 1980 à travers cinq films présentés lors de cette première programmation, accompagnés d’une table ronde réunissant des témoins de l’époque.
Le festival rendra aussi hommage au fonds de soutien Visions Sud Est, longtemps soutenu par la Direction du développement et de la coopération (DDC), qui a contribué à la production d’environ 250 films. La section Bye bye visions sud est mettra en regard des courts métrages révélés par le FIFF et les longs métrages de leurs auteurs rendus possibles grâce à ce dispositif.
Un jubilé ouvert sur la ville
Cette édition anniversaire s’accompagne également d’événements destinés à renforcer le lien entre le festival et la ville. Parmi eux figure l’installation du Nomad Wood Nest, un pavillon en bois suisse installé sur les Grand-Places de Fribourg et appelé à devenir le nouveau centre du festival. L’espace accueillera cinéastes, professionnels et public autour de projections, rencontres et soirées festives.
Au-delà de la programmation cinématographique, le FIFF entend ainsi célébrer quarante ans d’une ligne éditoriale fondée sur l’ouverture au monde et la rencontre entre cultures. Dans un paysage audiovisuel dominé par les plateformes et les logiques de marché globalisées, le festival fribourgeois revendique plus que jamais le rôle du cinéma comme espace de réflexion collective et de dialogue international.