Ancienne ambassadrice de la France auprès de l’Otan, Muriel Domenach décrit vendredi dans La Matinale une Europe confrontée au retour des menaces, notamment territoriales. Elle rappelle que « c’est l’ennemi qui vous désigne » : un constat qui impose aux Européens de renforcer leur sécurité.

« L’Europe n’est plus en paix », l’environnement international est marqué par « la brutalisation du monde  » et « la désinhibition de ses acteurs  », estime Muriel Domenach.

Selon elle, le Vieux Continent doit dorénavant affronter simultanément cette brutalisation, la menace territoriale russe et, dans le contexte de la guerre impliquant l’Iran, Israël et les Etats-Unis, « une menace terroriste » aggravée par le choix de Téhéran d’activer ses proxies. Un cumul qu’elle résume par cette formule: « Ce n’est pas fromage, dessert ou café, c’est les trois en même temps. »

Nous, Européens, considérons qu’il faut tout faire pour éviter la guerre. Et c’est cette ligne que nous allons tenir

Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de la France auprès de l’Otan

Interrogée sur le rôle de l’Europe, l’ancienne ambassadrice rejette l’idée qu’elle serait passive ou absente. Pour elle, la critique est « injuste » car la crise actuelle est d’abord marquée par l’imprévisibilité de Donald Trump « qui n’a consulté personne » et dont les choix déstabilisent même son propre camp.

Paris s’efforce d’éviter une nouvelle guerre au Liban

Concernant le Liban, elle rappelle que la France est engagée par des accords de défense. Selon elle, Paris tente d’ouvrir une voie diplomatique pour éviter que Beyrouth « soit ravagé par une guerre qui n’est pas la sienne ».

« L’Europe ne pratique pas de guerre de choix […] Nous, Européens, considérons qu’il faut tout faire pour éviter la guerre. Et c’est cette ligne que nous allons tenir, non seulement dans la région [au Moyen-Orient], mais aussi au Liban  », souligne‑t‑elle. « En aucun cas, je n’imagine la France se livrer à des actions offensives », insiste-t-elle.

La dissuasion nucléaire, en réponse à un monde plus dangereux

Dans son analyse du discours prononcé lundi par Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire – un discours dans lequel le président a annoncé, pour la première fois depuis des décennies, une augmentation de l’arsenal français – Muriel Domenach voit la confirmation d’un basculement stratégique majeur.

On a beau ne pas vouloir d’ennemis, c’est l’ennemi qui vous désigne

Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de la France auprès de l’Otan

Pour expliquer ce changement d’époque, elle cite le philosophe français Julien Freund: « On a beau ne pas vouloir d’ennemis, c’est l’ennemi qui vous désigne. » Selon elle, cette réalité s’impose désormais à l’Europe.

« La France a pris l’orientation de faire face à cette menace qui a augmenté, alors que la protection américaine devient plus incertaine et que plusieurs partenaires européens attendent de nous le développement d’une dissuasion [nucléaire] avancée », explique‑t‑elle.

Ce que recouvre la « dissuasion avancée » française

Muriel Domenach explique que ce concept de dissuasion avancée consiste « à disséminer des armes sur le territoire européen avec les partenaires qui le souhaitent, afin de mener des exercices de signalement et, éventuellement, de procéder à des déploiements de forces stratégiques françaises ».

Cette approche a immédiatement trouvé un écho en Europe et a été suivie de déclarations de plusieurs partenaires européens, dont l’Allemagne. « Sept autres pays européens ont également fait savoir qu’ils souhaitaient engager un dialogue avec la France pour développer ce concept de dissuasion avancée », ajoute-t-elle.

>> Ecouter le sujet de Tout un monde sur la notion de guerre mondiale : Au Moyen-Orient, pourquoi ce n’est pas une guerre mondiale? / Tout un monde / 4 min. / aujourd’hui à 08:12

Propos recueillis par Delphine Gendre

Adaptation web: Miroslav Mares