EN RÉSUMÉ

Pourquoi la femtech est-il en pleine expansion en France ?

Un enjeu financier majeur : les inégalités de santé coûtent 1 000 milliards de dollars par an, tandis que le marché des solutions adaptées pourrait peser 135 milliards d’ici à 2030.

Une dynamique entrepreneuriale : la France compte désormais plus de 200 start-up spécialisées (contre 170 en 2024), portées à 94 % par des femmes cofondatrices.

Des ruptures technologiques : de nouveaux outils de diagnostic pour l’endométriose et l’usage de l’IA pour le dépistage des cancers transforment la prise en charge.

« La santé des femmes répond à des besoins spécifiques, profondément enracinés dans les différences biologiques, hormonales et sociales (…) qui influencent le déclenchement des maladies, leur diagnostic et leur prise en charge médicale », rappelle la Fondation Inserm. Pourtant, seuls 10 % des budgets de recherche en santé leur sont spécifiquement consacrés, selon une étude publiée en 2020 dans la revue Nature.

« Les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité chez les femmes, ne sont pas étudiées sous le prisme du genre, ce qui retarde les diagnostics et augmente le risque de mortalité », illustre Delphine Moulu, cofondatrice et DG de l’association Femtech France.

Au-delà de l’impact humain, ces inégalités coûtent près de 1 000 milliards de dollars par an, d’après le Forum économique mondial. À l’inverse, le marché des solutions adaptées pourrait peser 135 milliards de dollars d’ici à 2030.

L’essor de l’écosystème femtech

Face au manque de solutions, des entrepreneurs — dont 94 % de femmes cofondatrices — s’emparent de sujets variés : fertilité, reconstruction mammaire, Alzheimer ou cancer des ovaires. Ces start-up, nommées « femtech », sont plus de 200 dans l’Hexagone (contre 170 en 2024) à avoir rejoint l’association Femtech France, fondée en 2022.

Depuis sa création, les tabous s’effacent. Cela favorise les collaborations avec les laboratoires, les hôpitaux et les institutions. Femtech France a ainsi signé un partenariat de trois ans avec l’AP-HP, tandis que la région Île-de-France s’est engagée à créer un fonds d’investissement spécifique. Cependant, des freins subsistent.

« Il y a encore des biais. Comme ces sujets ont longtemps été tabous et qu’ils ne les concernent pas directement, les investisseurs ne voient pas forcément le marché », constate Delphine Moulu.

Les chiffres confirment ce retard : de 2018 à 2023, les investissements en France ont atteint 81 millions de dollars, contre 442 millions au Royaume-Uni et 4 milliards aux États-Unis.

Santé reproductive et pathologies chroniques en pointe

En France, les femtechs se concentrent sur la santé reproductive et les maladies chroniques. « On observe depuis un an une montée en puissance des solutions autour de la ménopause », note Delphine Moulu.

L’endométriose, qui touche 2 millions de Françaises, bénéficie d’innovations majeures. Dans le diagnostic, la biotech lyonnaise Ziwig propose un test salivaire. D’autres acteurs franciliens émergent : Endogene.bio analyse le sang menstruel, Endodiag utilise une prise de sang et Matricis.ai mise sur l’imagerie par IA. Parallèlement, May Health (Paris) et Solence (Strasbourg) ciblent le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).

La santé reproductive est également un enjeu démographique. Les solutions vont de la compréhension du cycle (UMI) à la fertilité (Alifert, Matrice Lab). Côté traitements, l’iséroise Hemosquid lutte contre les hémorragies post-partum et la parisienne ImVitro optimise les fécondations in vitro (FIV).

Cancer et santé mentale : les nouveaux fronts

Si les dispositifs liés aux cancers et à la santé mentale sont moins nombreux, ils progressent. Papilio.bio propose un « stylo » médical pour détecter le virus HPV en 15 minutes. Therapixel (Nice) et Primaa (Essonne) développent des logiciels d’aide à l’interprétation des mammographies par IA.

Pour les traitements, la lyonnaise ErVimmune mise sur l’immunothérapie par cellules T, tandis qu’Armonie Therapeutics (Caen) travaille sur de nouvelles stratégies immunitaires. La reconstruction mammaire innove également avec Lattice Medical (prothèse résorbable 3D), Healshape (bioprothèse biosourcée) et Newteam Medical, qui propose une solution utilisable dès le lendemain de l’opération.

Qu’il s’agisse de diagnostic ou de traitement, ces innovations couvrent désormais toute la chaîne de valeur et pourraient transformer la vie de milliards de femmes.