En France, un tribunal administratif reconnaît qu’un cancer du sein peut être directement lié à des années de travail de nuit à l’hôpital. Une décision inédite, scrutée de près par l’ensemble du monde médical.

C’est une décision rare et potentiellement lourde de conséquences que vient de rendre le tribunal administratif de Marseille. Il établit un lien direct entre le cancer du sein d’une infirmière de l’hôpital de Martigues et près de 25 années de travail de nuit. Diagnostiquée en 2014, elle effectuait environ 140 nuits par an, un rythme qui, selon les juges, présente une probabilité « suffisamment élevée » d’avoir contribué au développement de sa maladie.

Cette conclusion ne relève pas de l’intuition: elle s’appuie sur des données scientifiques solides. Depuis 2007, le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l’OMS, classe le travail de nuit comme « probablement cancérogène », notamment en raison de ses effets sur les fonctions hormonales. Certaines études vont plus loin: au-delà de dix années de travail nocturne, le risque de cancer du sein pourrait être multiplié par trois.

Une jurisprudence lourde d’enjeux

Ce type de reconnaissance reste extrêmement rare: jusqu’ici, très peu de femmes ont obtenu que leur cancer du sein soit reconnu comme maladie professionnelle. La première décision de ce type en France remonte seulement à 2023.

La nouveauté de l’affaire de Martigues, c’est que la justice établit le lien principalement avec le travail de nuit, sans autre facteur de risque majeur. Conséquence directe: l’hôpital devra reconnaître que la maladie est liée au service. L’infirmière pourra donc percevoir une rente à vie.

Mais l’enjeu dépasse largement son cas. Des milliers d’infirmières, et de nombreuses salariées dans d’autres secteurs, travaillent de nuit depuis des années. Cette décision pourrait donc créer un précédent et ouvrir la voie à d’autres recours.

Sujet radio: Benjamin Luis

Adaptation web: Miroslav Mares