Les moins de 2 ans passent 53 minutes par jour devant un écran: c’est le constat alarmant d’un rapport du think tank français Terra Nova. En Suisse, le chiffre est moins élevé, autour de 20 minutes, selon une étude de la Haute école de travail social de Lausanne. Analyse du phénomène avec Florent de Bodman, co-auteur du rapport.
Pourquoi les tout-petits se retrouvent-ils autant le nez collé à un écran? Les raisons sont multiples, selon Florent de Bodman: l’isolement, la monoparentalité, les petits logements font que beaucoup de parents ne savent pas comment faire autrement. « Si je dois préparer le dîner ou prendre une douche, j’ai besoin d’occuper les enfants. Souvent, je leur mets un dessin animé », a-t-il souvent entendu. Il pointe aussi un effet de classe sociale, comparable à celui observé dans l’alimentation.
Ce temps d’écran est du temps volé avec de vraies personnes. C’est dramatique pour le développement de l’enfant
Florent de Bodman, cofondateur de l’association 1001 mots et co-auteur du rapport Terra Nova
Beaucoup de parents ont entendu parler de la recommandation « pas d’écran avant trois ans », mais restent sceptiques. Florent de Bodman compare le travail de prévention à celui mené contre le tabac: « On n’en est qu’au début. » Il insiste sur un point clé: un enfant de deux ans ne peut pas apprendre seul devant un écran. Il répète sans comprendre. « Ce temps d’écran est du temps volé avec de vraies personnes. C’est dramatique pour le développement de l’enfant », dit-il.
Comment le temps d’écran affecte le développement des enfants / Verticale RTSinfo / 1 min. / le 2 octobre 2026
Les conséquences concrètes sont principalement des troubles du sommeil et du langage. Une vidéo regardée avant de dormir peut provoquer des difficultés à s’endormir, nuisant aux apprentissages du lendemain.
Les écrans des adultes aussi remis en cause
Le problème ne concerne pas uniquement les enfants. Un parent les yeux rivés sur son smartphone casse lui aussi l’échange avec l’enfant, même si l’enfant joue sans écran. « C’est un sujet dont on parle peu car on craint un regain de paternalisme, mais c’est un vrai problème », reconnaît Florent de Bodman.
>> Relire : Gestion des écrans: les enfants, miroir des adultes?
Face aux écrans, il plaide pour des alternatives concrètes et accessibles. Ludothèques, boîtes à histoires, jeux à l’extérieur, cours d’école ouvertes le samedi [en France, ndlr]. « Ça paraît être le b.a.-ba, mais pourtant non, pas tant que ça ». Pour les parents qui souhaitent faire marche arrière, le conseil est simple: impliquer l’enfant dans les tâches du quotidien. Lui donner un saladier et une cuillère en bois pendant qu’on prépare le dîner, par exemple. « C’est ludique, simple et ça marche. »
Propos recueillis par Anne Fournier
Adaptation web: Amaëlle Steffen