Une collaboration entre les créateurs du documentaire vidéo « Le château perdu d’Azuchi – Enquête au temps des samouraïs » et le studio Ubisoft a permis d’utiliser des reconstitutions virtuelles issues du jeu « Assassin’s Creed : Shadows » pour illustrer ce monument légendaire disparu du Japon féodal.
Cette collaboration met en lumière un château qui fut un modèle architectural révolutionnaire, transformant une colline entière en une cité fortifiée, et qui est devenu un symbole puissant du projet d’unification du Japon mené par le seigneur Oda Nobunaga.
Quand le jeu vidéo redonne vie à l’histoire
Considéré en son temps comme la plus éblouissante des forteresses, le château disparu d’Azuchi hante l’histoire du Japon depuis quatre siècles. Construit entre 1576 et 1579 par le puissant seigneur de guerre Oda Nobunaga, il était considéré comme une merveille architecturale de son temps. Malheureusement, seulement trois ans après son achèvement, le château a disparu mystérieusement dans les flammes, ne laissant que quelques vestiges de pierre sur une colline.
Cette collaboration met en lumière un château qui fut un modèle architectural révolutionnaire, transformant une colline entière en une cité fortifiée, et qui est devenu un symbole puissant du projet d’unification du Japon mené par le seigneur Oda Nobunaga.
Grâce à la collaboration entre les créateurs du documentaire et le studio Ubisoft, les spectateurs du film « Le château perdu d’Azuchi – Enquête au temps des samouraïs » peuvent désormais voir une reconstitution virtuelle du château d’Azuchi réalisée dans le cadre du jeu vidéo Assassin’s Creed : Shadows, sorti en 2025 [voir encadré]. Cette reconstitution, basée sur une véritable enquête archéologique et historique, offre une immersion sans précédent dans l’architecture et la vie quotidienne du Japon féodal.
Le château d’Azuchi en images [Ubisoft] Un modèle architectural révolutionnaire
Les recherches menées par des équipes d’archéologues et d’historiens ont mis en lumière le caractère innovant du château d’Azuchi. Comme l’explique l’archéologue Hiroshi Matsushita: « Habituellement, les châteaux n’ont pas autant de bâtiments, d’ailes et de fortifications. Mais dans le cas du château d’Azuchi, presque toute la montagne a été construite de cette manière, ce qui en fait, à mon avis, une forme de construction nouvelle et unique. »
Les fouilles archéologiques et l’utilisation de technologies comme le LiDAR « light detection and ranging », une technique de mesure à distance qui permet de cartographier en 3D des sites cachés et de révéler ainsi les structures artificielles comme des fondations, des chemins, variations du relief etc., ont permis de se rendre compte que toute la colline avait été exploitée pour créer des zones de construction.
Le château d’Azuchi est une forme de construction nouvelle et unique.
Hiroshi Matsushita, archéologue
Plus qu’un banal château avec ses dépendances, Azuchi était donc une véritable cité fortifiée. Il est possible, grâce aux vestiges du site combinés aux images du LiDAR, de reconstituer les murailles qui cernaient la montagne et d’en visualiser l’étendue. Delphine Von Shade, spécialiste de l’architecture médiévale japonaise, met en exergue l’ampleur colossale du projet. Un projet d’envergure dont seul un seigneur de guerre pouvait se permettre les coûts financier et humain.
Le donjon principal, ou Tenshu, était particulièrement impressionnant. Haut d’environ 30 mètres, il reposait sur un socle de pierres d’une quinzaine de mètres. Il ne reste aujourd’hui qu’un plateau parsemé de pierres où se trouvaient les fondations du donjon. Il est difficile d’imaginer les parties supérieures du site à partir des seules fouilles. Unique certitude, il a marqué son époque, comme en témoigne dans ses mémoires le jésuite portugais Luís Fróis, ami du seigneur Nobunaga, dont les écrits ont permis aux historiens de s’imaginer un peu mieux l’intérieur du donjon aujourd’hui parti en fumée.
Des artisanats ancestraux résistants au temps et aux séismes
Dans un pays comme le Japon, particulièrement sujet aux tremblements de terre, la solidité des constructions était un enjeu majeur. Les murs de pierre du château d’Azuchi, édifiés sans mortier, selon une technique ancestrale, témoignent d’un savoir-faire remarquable en matière de résistance sismique. Le professeur Hiroshi Nakazawa, de la Faculté des sciences et de l’ingénierie de Shizuoka, a d’ailleurs démontré en laboratoire que ces murs traditionnels, bien que se déplaçant de plusieurs dizaines de centimètres lors de fortes secousses, gardent leur intégrité. Cette stabilité est due à la manière dont les pierres brutes sont empilées, permettant un mouvement et une réadaptation de la structure sans effondrement.
Artisanats traditionnels japonais
Mais le château d’Azuchi n’était pas entièrement en pierre. La structure même du donjon d’Azuchi reposait sur une autre prouesse technique: l’art du kigumi. Cette technique traditionnelle d’assemblage de bois permet de construire des édifices sans clous, ni vis, ni colle. Ce savoir-faire a pu être étudié en démontant et remontant le château d’Himeji, un successeur du château d’Azuchi mais qui, lui, a persisté à travers le temps.
Un symbole de pouvoir et d’ambition
Au-delà de ses prouesses architecturales, le château d’Azuchi était une démonstration du pouvoir et des ambitions de Nobunaga. Le sixième étage, en particulier, était décoré de peintures représentant des figures bouddhistes, confucéennes et taoïstes, proclamant ainsi le soutien divin à l’autorité de Nobunaga explique Mark Erdmann, Maître de conférences en histoire de l’art à l’Université de Melbourne et spécialiste de l’architecture médiévale japonaise : « Les trois grands piliers du divin soutiennent Nobunaga et son programme politique et économique. Il est donc inévitable qu’il devienne le prochain dirigeant du Japon. Il est l’élu. »
Nobunaga est soutenu par les trois grandes religions. Il est donc inévitable qu’il devienne le prochain dirigeant du Japon.
Mark Erdmann, Maître de conférences en histoire de l’art à l’Université de Melbourne et spécialiste de l’architecture médiévale japonaise
Le château d’Azuchi incarnait la vision de Nobunaga d’un Japon unifié autour de son autorité centrale. Nobunaga y a introduit des changements sociaux importants, notamment en modifiant le rôle des samouraïs. Auparavant, les paysans et les samouraïs n’étaient pas des classes distinctes, les agriculteurs devenant soldats en temps de guerre. Nobunaga a rompu avec cette tradition: « Il a détaché les samouraïs de la terre, leur permettant ainsi de se consacrer exclusivement à la guerre. Il a rassemblé les samouraïs pour les faire vivre à Azuchi », explique l’historien Yasutsune Owada.
Oda Nobunaga (1534-1582), premier des « Trois unificateurs » du Japon pendant la période Sengoku
De plus, Azuchi est devenu le modèle d’une nouvelle forme d’organisation urbaine et économique. Comme le souligne l’historien Yasutsune Owada: « En créant une ville château entièrement nouvelle à partir de zéro, Nobunaga pouvait bâtir un espace urbain selon ses propres idées et sa propre vision. Il n’a pas seulement instauré le libre commerce, mais il a aussi aboli les monopoles. » Ces innovations ont jeté les bases d’un nouveau système politique et économique au Japon.
Comment Azuchi a marqué le Japon de son empreinte
Bien que le château d’Azuchi ait disparu, son influence sur l’architecture japonaise et l’organisation sociale du pays a perduré. Ce modèle de la ville-château qui a été repris et développé par les successeurs de Nobunaga, deviendra le symbole architectural du pouvoir d’un seul homme sur le Japon.
« Le château perdu d’Azuchi – Enquête au temps des samouraïs » de Marc Jampolsky est disponible jusqu’au 8 décembre 2028 sur PLAY RTS
Les Documentaires RTS, Gaëlle Bisson