En Suisse, 4600 nouveaux cas de cancer colorectal sont détectés chaque année et environ 1600 personnes décèdent. Si la maladie touche principalement les personnes âgées, elle concerne aussi de plus en plus les moins de 50 ans. Dans Forum vendredi, Jérémy Meyer, coordinateur et membre fondateur du Centre du cancer colorectal aux HUG, appelle à se faire dépister dès les premiers symptômes.

Ce cancer a l’avantage de pouvoir être facilement dépisté et traité précocement, selon le médecin adjoint agrégé dans le service de chirurgie viscérale des HUG . « On dispose d’outils efficaces de prévention et de dépistage », indique-t-il.

Jérémie Meyer rappelle que ce cancer se développe à partir de lésions précancéreuses appelées polypes, qui mettent plusieurs années à évoluer avant de devenir cancéreuses. Cette évolution lente offre « une fenêtre d’opportunité » pour les détecter et les traiter avant qu’elles ne deviennent dangereuses.

Deux méthodes principales pour le dépistage

Deux méthodes principales permettent aujourd’hui de dépister la maladie: le test immunologique fécal (FIT) et la coloscopie. Le premier peut être réalisé à domicile et consiste à détecter la présence de sang microscopique dans les selles, explique Jérémy Meyer. « Ce test doit être répété tous les deux ans. »

La coloscopie est généralement réalisée en cas de résultat positif au test, poursuit-il. Cet examen consiste à introduire une caméra dans le tube digestif bas afin de visualiser d’éventuelles lésions. « Si on en détecte, il faut les traiter ou consulter un chirurgien », précise-t-il.

Pour encourager au dépistage, les autorités sanitaires envoient des invitations à domicile. Il est également possible de s’inscrire en ligne ou via son médecin traitant. Mais, pour Jérémie Meyer, travail d’information reste nécessaire, car toutes les personnes concernées ne participent pas encore aux programmes de dépistage. « C’est pour cela qu’il y a le mois de prévention du cancer colorectal, Mars bleu », rappelle le médecin.

Augmentation inquiétante chez les jeunes

On observe de plus en plus des patients de moins de 50 ans qui ont un cancer colorectal précoce. Et c’est relativement inattendu

Jérémy Meyer, coordinateur et membre fondateur du Centre du cancer colorectal aux HUG

Si la moitié des cancers colorectaux surviennent chez des personnes de 70 ans ou plus, Jérémie Meyer observe une augmentation chez les patients plus jeunes. Certains ont moins de 50 ans, parfois même autour de 30 ans.

En Suisse, les programmes de dépistage ciblent actuellement les adultes entre 50 et 64 ans, car « c’est dans cette tranche d’âge que survient la majorité des cancers », explique-t-il. Mais les médecins observent de plus en plus de cas de « cancers colorectaux précoces », c’est-à-dire diagnostiqués avant 50 ans, rapporte-t-il.

Ce phénomène « qui date de ces dernièrs années » représente « environ 6 à 7% de l’ensemble des cancers ». Dans le monde occidental, « l’incidence augmente d’environ 0,5% par an dans cette tranche d’âge », précise l’invité de la RTS.

« C’est une progression significative et constante », observe-t-il. A l’inverse, chez les personnes plus âgées, l’incidence diminue grâce aux programmes de dépistage.

Mode de vie occidental

Selon Jérémy Meyer, plusieurs facteurs liés au mode de vie occidental pourraient expliquer cette évolution. Il cite notamment une alimentation pauvre en fibres et riche en viande ou en produits ultra-transformés, mais aussi la sédentarité, le tabagisme, la consommation d’alcool et le manque d’activité physique.

Le médecin rappelle enfin l’importance de consulter rapidement en présence de symptômes, comme des douleurs abdominales inexpliquées, une modification du transit intestinal ou la présence de sang dans les selles. « Il faut consulter son médecin traitant sans attendre afin d’être orienté vers les examens appropriés », insiste-t-il, même si l’on ne fait pas partie d’un programme de dépistage.

Propos recueillis par Valentin Emery

Article web: Julie Marty