Cyberprocureure française en chef, Johanna Brousse dévoile dans un livre paru en septembre les coulisses de la lutte contre le crime 2.0. Invitée lundi dans La Matinale de la RTS, la magistrate fait un constat édifiant: le crime organisé a bien compris l’intérêt des données pour l’aider dans ses méfaits physiques.

Cette affaire fait actuellement grand bruit: des hackers ont attaqué un fournisseur de logiciel utilisé par les caisses de pensions suisses, dérobant des données personnelles d’assurés. Publica, qui gère les avoirs des fonctionnaires fédéraux, a fait état de plus de 100’000 personnes potentiellement touchées.

Les attaques de ce type pullulent en Suisse et à l’étranger. A l’origine, les hackers réclamaient des rançons aux entreprises pour les informations dérobées. Ce n’est plus toujours le cas, indique Johanna Brousse.

« Il y a de moins en moins de ransomwares, mais toujours plus de vol de données avec lesquelles les entreprises criminelles vont commettre d’autres infractions », observe la vice-procureure du Parquet de Paris, cheffe de la section de lutte contre la cybercriminalité, une institution aux compétences nationales.

En France, on assiste à une vague de cryptorapts

 Johanna Brousse, cyberprocureure française

Les groupes criminels peuvent ainsi cibler leurs victimes grâce aux datas tombées en leur possession.

« En France, la Fédération de tir s’est fait voler des données. Des organisations criminelles ont acheté ces données pour commettre des cambriolages et des séquestrations au domicile des adhérents de la fédération pour leur voler leurs armes », illustre la magistrate, autrice de l’ouvrage « Cybercombattante » (éditions Lattes).

Johanna Brousse prend un autre exemple: « En France, on assiste à une vague de cryptorapts, des enlèvements de détenteurs de cryptomonnaies pour leur soutirer cet argent. Les données servent aujourd’hui à la criminalité organisée à être plus efficace dans son action », note-t-elle. « Les données ont de la valeur. Les organisations criminelles ont parfaitement compris cela », résume la procureure.

« Entreprises criminelles extrêmement puissantes »

« Nous sommes face à des entreprises criminelles extrêmement puissantes, qui s’adaptent et ont des ressources financières conséquentes », poursuit-elle.

La procureure précise que les autorités judiciaires réussissent parfois à mettre la main sur les hackers qui agissent depuis des pays qui n’extradent pas leurs ressortissants.

Johanna Brousse explique une astuce pour quand même les interpeller: émettre un mandat d’arrêt dans des pays tiers coopératifs et attendre que les suspects s’y rendent pour les arrêter et les extrader. « C’est parfois un jeu de patience, mais on y arrive », souligne la procureure.

Johanna Brousse est l’invitée du Club 44 pour une conférence, le mardi 27 octobre à La Chaux-de-Fonds.

Propos recueillis par Pietro Bugnon

Texte: Antoine Michel