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Vous êtes invité ce week-end au TGS de Pau. C’est une ville que vous connaissez plutôt bien, non ?
Je confirme, je connais bien Pau. J’y ai joué plusieurs pièces au festival de théâtre de Roger Hanin, notamment un grand Molière (NDLR : Scapin dans « Les fourberies de Scapin ») et un grand Shakespeare (NDLR : Malvolio dans « La nuit des rois »). J’ai également joué dans votre fameux petit théâtre bleu, le Saint-Louis. Il a conservé ses couleurs royales, c’est un des rares théâtres en France dans ce cas, il n’en reste que cinq ou six. C’était un vrai plaisir d’y jouer.
Quel regard portez-vous sur ces conventions de pop culture comme le TGS où se rassemblent plusieurs générations ?
C’est un univers que j’ai découvert il y a deux ou trois ans seulement. J’avais été sidéré par la facilité et la qualité des échanges avec le public. Les gens ont une foule de questions pertinentes à nous poser, toujours avec une bienveillance et un amour qui m’ont souvent profondément ému.
Vous n’avez pas été surpris par les visiteurs qui viennent en cosplay ?
Au début, en voyant tous ces gens déguisés, je me disais que c’était sympathique mais peut-être un peu particulier. Je craignais qu’ils s’enferment excessivement dans la peau de leurs personnages. Mais j’ai vite compris qu’il n’y avait absolument rien de malsain là-dedans. C’est au contraire très sain, les jeunes s’y sentent libérés et heureux, tout comme leurs parents. C’est un contact direct et extrêmement agréable, pour le public comme pour nous.
De quoi vous parle-t-on le plus lors de ces rencontres ?
Le public un peu plus âgé me parle spontanément de mes rôles au théâtre, et tout particulièrement de mon Cyrano de Bergerac, qui a constitué un tournant majeur dans ma carrière. Les plus jeunes évoquent surtout mes personnages de dessins animés. Tigrou, le Nabot dans la série « Il était une fois… » ou encore Victor MacBernik dans « La Famille Pirate » (il se met à les jouer en direct). On en parle ensemble, ça les fait rire et on partage de très jolis moments.
Sans forcément vous identifier physiquement au premier regard, le public reconnaît immédiatement votre voix. Elle a marqué des générations.
La voix joue un rôle fondamental dans la séduction, au sens noble, car elle opère un véritable retour vers l’enfance. Les gens restent très attachés à ces sonorités parce qu’elles sont liées à leurs premières émotions de jeunesse, à des figures qui les ont amusés et attendris. Tout cela reste très émouvant.
Justement, cette voix familière, l’intelligence artificielle menace aujourd’hui de la cloner. C’est une inquiétude pour vous ?
Il faut se battre fermement et faire front. Il est impératif de légiférer, car rien ne justifie qu’on vienne voler nos voix. Quand un comédien en remplace un autre, cela s’inscrit au moins dans un cadre. Avec l’IA, ce sont des machines programmées pour nous imiter : c’est un pur pillage. Les syndicats se sont emparés du dossier. Nous ne demandons pas une interdiction totale de la technologie, mais une loi pour encadrer la profession afin que l’on puisse continuer à gagner notre vie dignement sans être spoliés par des machines. Nous ne lâcherons rien.
Vous avez tourné aux côtés de véritables monstres sacrés du cinéma français. Quels souvenirs en gardez-vous ?
J’ai eu le privilège de côtoyer des personnes extraordinaires comme Jean-Paul Belmondo, qui alliait un talent immense à une gentillesse rare, sans jamais se prendre la tête. J’ai aussi tourné avec le merveilleux Michel Galabru, ou encore avec Louis de Funès. On disait parfois que de Funès avait mauvais caractère. En réalité, ce n’était pas un mauvais caractère, il était simplement d’un perfectionnisme absolu. Évidemment, cela pouvait créer des étincelles avec ceux qui ne l’étaient pas (rires).
À 25 ans, vous vous retrouvez catapulté dans un western face à Brigitte Bardot et Claudia Cardinale…
Tourner « Les Pétroleuses » relevait du rêve éveillé. J’avais été nourri au biberon du western toute ma jeunesse. Et d’un coup, je me retrouve avec l’un des rôles principaux du film, habillé en cow-boy, à cheval toute la journée pendant deux mois et demi, aux côtés des deux plus belles femmes du monde. Pour le gamin que j’étais, c’était un conte de fées.
Avec 64 ans de carrière au compteur, quel regard portez-vous sur le jeune homme que vous étiez à 25 ans ?
Je crois être resté, en grande partie, ce gamin de 25 ans. Ça peut parfois être agaçant pour l’entourage, mais ça m’apporte des joies immenses et le sentiment de vivre des instants rares. Bien sûr, la vie ne m’a pas épargné et j’ai encaissé des coups durs, mais ces épreuves vous forgent et permettent d’apprécier d’autant plus les périodes lumineuses. Je me définis comme un optimiste lucide.
C’est ça qui vous donne cette envie de continuer, notamment le théâtre ?
Le théâtre a toujours été ma respiration première, mon Graal, précisément parce qu’il repose sur cette transmission. J’essaie de toujours regarder le côté positif des choses, de dépasser les premières impressions et de préserver l’écoute et l’échange. C’est ce qui fait cruellement défaut aujourd’hui : les gens ne s’écoutent plus et on assiste à une radicalisation inquiétante des attitudes.
Un dernier mot avant de retrouver le public béarnais ce week-end ?
Je tiens à rappeler qu’un de mes personnages historiques préférés n’est autre qu’Henri IV. Et j’adore le rugby, je suis de très près le Top 14. J’ai hâte de venir échanger avec les Palois.
Le TGS s’installe tout le week-end au parc expo
Les amateurs de pop culture ont rendez-vous durant tout le week-end au parc des expositions pour la 13e édition du TGS Pau. Outre Patrick préjean, l’événement accueillera également Monsieur Pof qui s’est rendu célèbre sur TikTok avec son style inimitable, mélange de snobisme travaillé et de second degré. On retrouvera aussi le comédien David Krüger, qui est, entre autres, la voix française de Chris Pratt dans « Les Gardiens de la Galaxie » et dans « Jurassic World ». Le youtubeur Bob Lennon sera, lui aussi, de la partie. L’événement se déroule ce samedi de 9h30 à 19 heures et ce dimanche de 9h30 à 18 heures. Les places sont en vente sur place et sur le site internet de l’événement pour 15 euros la journée et 20 euros les deux.