Flambée du prix du gaz et du pétrole, Bourses mondiales dans le rouge, risque d’inflation: les conséquences de la guerre qui embrase le Moyen-Orient sont aussi économiques. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique bloqué par les Gardiens de la Révolution depuis le début du conflit, demeure au centre des inquiétudes.
Dans le détroit d’Ormuz, où transitent habituellement 20 millions de barils de pétrole par jour, les pétroliers sont attaqués par les Gardiens de la Révolution iraniens. Mardi, le Safeen Prestige, qui naviguait vers l’est, a été touché. Le Mussafah 2, un remorqueur venu assister le porte-conteneurs, a été visé à son tour. Au moins quatre marins sont morts, trois grièvement blessés, selon l’Organisation maritime internationale (OMI).
Samedi matin, les Gardiens de la révolution ont revendiqué une autre attaque. « Le pétrolier nommé Prima a été frappé par un drone explosif, après qu’il a ignoré des avertissements répétés de la part de l’armée des Gardiens de la Révolution ».
Le prix du pétrole en hausse
En conséquence de ces frappes, le prix du baril de pétrole s’envole. Samedi matin, la compagnie pétrolière du Koweït a annoncé avoir baissé sa production de manière préventive en raison des menaces sur le détroit d’Ormuz et les infrastructures maritimes.
>> Voir le sujet du 19h30 sur la hausse du prix de l’essence en Suisse :
Conflit au Moyen-Orient: augmentation du prix de l’essence en Suisse / 19h30 / 1 min. / aujourd’hui à 19:30
« Les installations portuaires ont également été prises pour cible, au moins cinq ports ont été touchés, de sorte que les navires ne sont actuellement pas en mesure d’effectuer des changements d’équipage », relate Arsenio Dominguez, secrétaire général de l’OMI.
Les USA sont en général très bons pour gagner des guerres et assez mauvais pour ce qui se passe après
Stéphane Garelli, professeur à l’International Institute for Management Development (IMD) et à l’Université de Lausanne (HEC)
Interrogé dans le 19h30 de la RTS, Stéphane Garelli, professeur à l’International Institute for Management Development (IMD) et à l’Université de Lausanne (HEC), relate qu’en plus du pétrole, beaucoup d’autres produits pourraient en subir des conséquences.
« Les transports, les assurances, l’emballage: tout ça peut prendre l’ascenseur. Beaucoup de gens sont inquiets, parce qu’en fin de compte, il ne s’agit pas uniquement d’inflation, il s’agit du coût de la vie. Et je crois qu’effectivement, il va augmenter », s’alarme le professeur.
>> Ecouter l’intervention de Stéphane Garelli dans le 19h30 :
Augmentation du prix du pétrole: interview de l’économiste Stéphane Garelli / 19h30 / 3 min. / aujourd’hui à 19:30
Stéphane Garelli craint surtout qu’il n’y ait aucun plan de sortie de crise prévu du côté des Etats-Unis: « Les USA sont en général très bons pour gagner des guerres et assez mauvais pour ce qui se passe après. Donald Trump est perdu et je crois que c’est ça qui inquiète tout le monde. Le président américain va d’une crise à l’autre. Et qui va résoudre la crise? Généralement, c’est le consommateur ».
Navigation au compte-gouttes
Depuis lundi, seuls neuf navires ont réussi à traverser ce verrou stratégique du commerce mondial, selon des données maritimes analysées par l’AFP. Dans ce bras de mer de moins de 40 km de large à son point le plus étroit transite 20% du pétrole en provenance des Emirats arabes unis, du Qatar, du Koweït, de l’Arabie Saoudite, de l’Irak et de l’Iran.
La guerre perturbe également le trafic aérien. L’annulation de milliers de vols fragilise en particulier Dubaï. Samedi matin, l’aéroport a dû interrompre ses opérations après une attaque iranienne.
Technologie, communications, intelligence artificielle
Au-delà de la flambée des prix du gaz et du pétrole, le conflit déstabilise des pans entiers de l’économie comme le tourisme, la finance ou encore l’intelligence artificielle.
Comme le relève Stéphane Garelli, « les Iraniens ont commencé à bombarder les centres de données et les data centers en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. Si on commence à toucher les centres de données, on touche la technologie, les communications, l’intelligence artificielle. (…) Et tout ça aussi risque de partir. »
Sujet TV: Fanny Moille
Adaptation web: Julien Furrer