Médicis, Femina, de Flore, Wepler, le dernier roman de Lucie Rico a fait partie des finalistes de plusieurs prix littéraires de la rentrée. ‘Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer?’ débute par une panne de clavier avant de basculer vers un souvenir d’enfance brutalement interrompu.
Jennifer, 37 ans, a une vie bien rangée et un job pour le moins particulier. Elle retranscrit les audios de réunions consacrées à des plans de licenciement. Son quotidien se voit ébranlé le jour où la touche « . » de son clavier d’ordinateur ne fonctionne plus. Dès lors, comment rendre le compte-rendu d’un plan de licenciement de 300 personnes mises à la porte d’une usine de pneus à cause d’une délocalisation?
Jennifer essaie de passer outre ce délicat problème d’écriture, elle s’épuise et finit par se rendre chez un réparateur. Au même moment, une phrase venue de nulle part lui vient à l’esprit: « Devant ‘Autant en emporte le vent’, Vivien Leigh et Clark Gable vont s’embrasser quand quelqu’un appuie sur pause et… ». Et rien. Un blanc envahit sa mémoire. Jennifer se lance alors dans une enquête hilarante et inquiétante avec pour seuls indices: Perpignan, une scène de baiser dans le célèbre film, la présence de son grand-père et une tache de sang sur un petit pull jaune.
Reconstituer le passé
Obsédée par cette phrase dont elle ne parvient pas à retrouver la fin, Jennifer décide de retourner dans la ville de son enfance. Elle y reconstitue l’appartement de son grand-père dans les moindres détails et regarde ‘Autant en emporte le vent’ en boucle, espérant y trouver des indices.
Pour l’autrice de ‘Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer?’, le manque de points permet d’illustrer le manque de repères de la narratrice. « Avec le manque de points, les voix sont complètement indiscernables, avoue Lucie Rico dans l’émission La grande librairie du 23 octobre. Ça devient un méli-mélo pour Jennifer au milieu de tout ce qui a été raconté sur elle et ce qu’elle-même s’est raconté de sa vie. Le manque de points, c’est aussi l’impossibilité de finir une histoire, de raconter sa version à elle de ce qui est arrivé. »
Un roman écrit d’un jet
Contrairement à ses deux précédents romans, ‘Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer?’ a été rédigé d’un jet, dans une forme d’urgence. « Tout comme ma narratrice Jennifer, j’ai aussi fait une amnésie traumatique, confie Lucie Rico. Pour moi, ce roman, c’était se lancer dans le vide. C’était essayer de voir qu’est-ce qu’il y a après cette amnésie qui est un vide dans le récit de soi et qui empêche d’avoir un point de vue sur les choses ».
Et pour ce qui est des conditions d’écriture, Lucie Rico fait partie de ces gens qui aiment écrire dans l’agitation. Que ce soit dans le métro, entourée de ses enfants ou dans un café. Une manière pour l’autrice de tester l’attractivité du livre en cours d’écriture. « J’ai besoin d’être déconcentrée pour écrire. Dans un café, il y a plein de choses intéressantes qui se passent, alors ça me permet de tester l’intérêt de mon roman, l’envie de m’y immerger. J’aime bien cette tension permanente. »
Propos recueillis par Laurent Goumarre
Adaptation web: Sarah Clément
Lucie Rico, ‘Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer?’, ed. P.O.L, août 2026.
A consulter, notre dossier consacré à la rentrée littéraire 2026