Que restera-t-il de l’humanité après sa disparition? Peu de choses. Nos villes seront englouties par la nature, le béton réduit en poussière. Il semblerait que seuls quelques fragments de verre, céramique ou bronze pourraient intriguer d’hypothétiques archéologues extraterrestres du futur.
Si l’humanité devait disparaître dans son entièreté du jour au lendemain, elle ne laisserait que peu de traces de son passage sur Terre. Cela est déjà arrivé, à une moindre échelle, à la civilisation casarabe.
Cette société précolombienne, s’étendant sur une surface de 16’000 km2, a disparu il y a 600 ans sans rien laisser derrière elle, ou presque. Cette civilisation était pourtant développée et densément peuplée, avec des bâtiments de plusieurs étages, des monuments, des canaux et même des pyramides. Tout cela a pourtant été englouti par la forêt tropicale.
Il en sera de même pour nos sociétés modernes. Nos corps, nos objets, nos villes, nos bâtiments, absolument tout finira décomposé et remplacé par les forêts, l’eau, le feu ou les microbes. Il suffit de se promener dans les alentours de Tchernobyl pour voir à quel point la nature reprend le dessus en à peine 40 ans.
Même les cités humaines les plus massives seront envahies par l’eau, avec un paysage de bâtiments qui s’écroulent comme des châteaux de sable dans les marais, des routes démontées par la végétation et des ponts dont l’acier rouillé part en miette.
Vue de la grande roue dans la ville déserte de Pripyat, près de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, le 22 mars 2011. [KEYSTONE – HELMUT FOHRINGER] Béton réduit en poussière
A cela s’ajoutent les incendies et le pourrissement des structures en bois. En quelques milliers d’années à peine, toutes les mégapoles humaines auraient à nouveau l’air d’être végétalisées, comme si personne n’avait jamais vécu là. De potentiels archéologues du futur venus d’ailleurs ne retrouveraient aucune trace de tous nos édifices en béton, qui seront réduits à l’état de poussière en quelques centaines d’années.
Par contre, en fouillant le sol, ils auraient bien des chances de retrouver des débris de verre et de céramique, comme le font d’ailleurs les humains aujourd’hui sur d’anciens sites archéologiques de l’Antiquité, par exemple. Ces objets sont en effet étonnamment durables, même s’ils se cassent facilement. La composition atomique et chimique du verre et de la céramique les rend presque éternels.
Pour retracer l’activité humaine, nos archéologues du futur se retrouveraient intrigués devant l’incroyable quantité de petits bouts de carrelage et de vaisselle sur le site de leurs fouilles, là où se trouvaient nos anciennes mégapoles humaines. Difficile alors pour eux de comprendre la fonction de ces petits bouts de céramique.
Ruines antiques mieux conservées
Nos scientifiques extraterrestres devraient en outre faire face à un autre défi: faire le tri en notre civilisation moderne et celles qui lui sont antérieures. La ville de Naples en Italie est un bon exemple. Une cité toute entière, avec ses routes, ses aqueducs, ses bâtiments, est enterrée dix mètres sous la métropole italienne.
Une vue de Naples, où sous la ville moderne se cache une cité antique grecque, fondée au 8e siècle avant J.-C. sous le nom de Parthénope. [KEYSTONE – CIRO FUSCO]
Construite il y a environ 2500 ans par les anciens Grecs, cette cité est difficile d’accès aux archéologues d’aujourd’hui, puisqu’en surface se trouve la ville moderne. Il y a par ailleurs bien des chances qu’elle reste mieux préservée à travers le temps que la ville de Naples actuelle, car une cité protégée des éléments se préserve mieux qu’une cité de surface qui est soumise au vent et à la pluie. Ses fresques et des statues intactes pourraient même faire croire aux archéologues du futur que le pic de l’activité humaine remonte à la Grèce antique.
Changements irréversibles sur les écosystèmes
Si l’humanité ne laisserait pas de traces visibles permettant de reconstituer la complexité de la civilisation moderne, elle aurait toutefois marqué en profondeur les écosystèmes. Lorsque les humains viennent contrarier l’équilibre d’un écosystème, la nature qui se réinstalle développe un nouvel équilibre, parfois très différent de ce qu’il était à l’origine.
L’activité humaine a également eu un fort impact sur les sols. Ainsi, les archéologues du futur pourraient se baser leur composition pour mener leur enquête. Ils découvriraient alors que la couche représentant notre ère moderne, à partir des années 1950, est composée de particules carboniques qu’on ne trouve pas naturellement dans la nature, fruits du charbon et du pétrole que nous avons brûlé au-dessus de 1000 degrés.
Cette composition des sols serait ainsi la preuve que l’humanité a transformé artificiellement son environnement. Les scientifiques aliens pourraient ainsi déduire que nous formions une espèce industrialisée. Ils pourraient même être capables de recréer des cartes en fonction des concentrations plus ou moins importantes selon les endroits où nous étions entassés, comme dans les villes.
Sujet radio: Anne Baecher
Texte web: Antoine Schaub