La procréation médicalement assistée (PMA) est un progrès majeur qui permet à des personnes ne pouvant concevoir naturellement d’accéder à la parentalité. Mais les débats portent surtout sur les aspects techniques, légaux ou éthiques. L’impact sur la santé mentale reste peu abordé, alors que la PMA peut parfois devenir un catalyseur de souffrance psychique.

Dans le podcast Dingue, Sab raconte comment, après six mois de tentatives infructueuses, son mari décide de consulter. « Quand on a envie d’avoir des enfants, on se dit toujours ‘ah bah, ça va être super! On fait l’amour et puis boum, on tombe enceinte’. Et puis, bah, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe », explique-t-elle.

Le spermogramme révèle des anomalies. Une fécondation in vitro (FIV) avec injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) devient nécessaire. Les protocoles hormonaux sont intenses et rendent Sab très émotive. « C’est up and down. En une journée, ce sont vingt-cinq états d’âme différents. Ça n’a fait qu’amplifier tous mes troubles latents », décrit-elle.

Renoncer au père biologique

Le premier protocole échoue. Sab doit retourner travailler dans son restaurant, sourire à la clientèle. Au moment de servir des femmes enceintes, avoue-t-elle, elle a eu « envie de les étriper ». La PMA devient « un drame secret », vécu dans une solitude extrême.

Lors du second protocole, aucun embryon ne survit. Les tests révèlent que son mari est porteur d’une anomalie génétique rare qui peut perturber le développement embryonnaire. Le couple doit accepter un don de sperme anonyme. « C’est clair que ça a été horrible d’apprendre que le géniteur de mon enfant ne serait pas l’homme que j’avais choisi », confie Sab. Six inséminations échouent.

« Il faut être prêt à ça »

Anna Sharapova, psychologue et psychothérapeute à l’unité de médecine de la reproduction des HUG, explique pourquoi un accompagnement est systématiquement proposé. « Il y a des périodes d’attentes, d’échecs, de déceptions. La pression du temps, la pression financière… Tout ça crée une certaine usure psychologique. Et il faut être prêt à ça », souligne-t-elle.

La PMA peut révéler des vulnérabilités. « C’est une situation de stress prolongé qui peut réveiller cette fragilité. La personne peut décompenser », confirme-t-elle. L’accompagnement offre un espace pour déposer les émotions « peu avouables »: colère, jalousie, frustration. « Ce n’est pas parce qu’on ressent de la colère qu’on est une mauvaise personne. C’est une expression de la souffrance », précise la psychologue.

Le deuil invisible

Certains couples abandonnent. Renoncer signifie un deuil multiple. « Le deuil de cet enfant imaginaire. Le deuil du projet de couple. Le deuil d’une famille », énumère Anna Sharapova. « L’entourage ne comprend pas toujours vu que l’enfant n’a pas existé. Mais c’est un deuil réel et d’autant plus difficile qu’il est invisible », insiste-t-elle.

Après quatre ans et demi, Sab tombe enceinte. Mais la grossesse n’est pas sereine. « J’avais presque l’impression qu’on allait m’enlever mon enfant », confie-t-elle. L’accouchement est traumatique: césarienne d’urgence avec prééclampsie.

Sab développe une dépression post-partum avec des phobies d’impulsion. Des études confirment que la PMA est associée à un risque accru de complications obstétricales et de dépression post-partum. Mais parler d’augmentation du risque n’implique pas une fatalité.

L’apaisement

Progressivement, Sab crée un lien avec sa fille. « J’ai mis une bonne année à me rendre compte qu’elle était là et que c’était ma fille. Tout d’un coup, c’était apaisé », raconte-t-elle. Elle conclut: « C’est dans l’adversité qu’on trouve des ressources. Et qu’on est capable d’en faire quelque chose. »

>> Ecouter l’épisode de Dingue : : Infertilité et PMA : quand devenir parent relève du combat invisible / Dingue / 36 min. / lundi à 16:00

Adrien Zerbini