Jessie Buckley et Christian Bale forment un couple de monstres détonants dans « The Bride! » sorti le 4 mars, une relecture très libre du mythe de Frankenstein. Un mélange outrancier de mélodrame romantique, d’horreur baroque, de comédie musicale et de film de gangsters aussi enthousiasmant qu’exaspérant.

Après avoir adapté Elena Ferrante dans « The Lost Daughter », l’actrice Maggie Gyllenhaal retourne derrière la caméra pour cette relecture féminine très personnelle du mythe de Frankenstein créé par Mary Shelley. « The Bride! » commence d’ailleurs avec l’écrivaine, morte, qui s’adresse à nous depuis les limbes, désireuse d’écrire enfin la grande histoire qu’elle n’a pas eu le temps de raconter.

Shelley porte son dévolu sur une prostituée de Chicago, Ida, qui se retrouve, en 1936, comme possédée par l’esprit de la romancière. Tuée par les sbires d’un mafieux proxénète, Ida est déterrée par la créature de Frankenstein, qui s’est adressée au docteur Euphronious pour lui demander une fiancée. Revenue à la vie, Ida devient cette promise qui s’avère très récalcitrante à devenir la chose de n’importe quel homme.

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Un film aux coutures saillantes

D’abord rejeté par Netflix, effrayé par la violence du film, puis repris par la Warner pour un budget conséquent de 100 millions de dollars, « The Bride! » s’apparente à une créature recousue de toute part, à l’image de son couple de monstres, incarné avec une retenue admirable par Christian Bale et une furie jubilatoire par Jessie Buckley (qui risque de remporter l’Oscar pour « Hamnet »).

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En résulte un cocktail détonant de comédie musicale, de film d’horreur baroque, d’histoire d’amour et de film de gangsters à la Bonnie et Clyde, en plus d’une référence incontournable au « Joker: folie à deux ». Avec une liberté de ton qui se refuse à toute séduction immédiate, le spectacle foutraque, outrancier, punk qui s’étale devant nos yeux s’avère aussi jouissif que bancal.

>> A écouter, le débat cinéma consacré au film « The Bride! » : Film en débat : « The Bride ! » de Maggie Gyllenhaal, avec Jessie Buckley, Christian Bale. / Vertigo / 6 min. / mercredi à 17:11 Bancal, mais passionnant

On pourra reprocher à Maggie Gyllenhaal de s’éparpiller dans des sous-intrigues franchement inutiles, de souligner par moments un peu trop son propos, de sombrer dans une forme d’hystérie exaspérante. Mais la cinéaste parvient à nous emporter dans un objet hérétique en regard des canons du cinéma hollywoodien actuel, radical dans son esthétique rugueuse et bouillonnante, enragé dans son personnage de fiancée, sorte de tornade qui éructe les mots, les humeurs, les insultes avec une colère libérée par sa résurrection. L’occasion pour Gyllenhaal de faire de son héroïne le symbole d’une insurrection féministe où la désobéissance devient le maître-mot face à une société qui pousse les femmes à la docilité et à la soumission.

Si « The Bride! » n’est pas le chef-d’œuvre monumental qu’on aurait aimé qu’il soit, il n’en demeure pas moins un patchwork passionnant qui ose emprunter un chemin peu balisé.

Rafael Wolf/ld

« The Bride! » de Maggie Gyllenhaal, avec Jessie Buckley, Christian Bale, Penélope Cruz, Annette Bening. A voir dans les salles romandes depuis le 4 mars 2026.