Booder, de son vrai nom Mohammed Benyamna, est né dans un village marocain avec « un asthme très prononcé » auquel se sont ajoutées des difficultés à se nourrir. Quand le médecin a annoncé qu’il ne « passerait pas l’hiver », sa mère a pris son bébé sous le bras pour rejoindre leur père en France, où il travaillait.
Le petit a immédiatement été pris en charge à l’hôpital Necker, où il a été « bien suivi pendant un an » et a fait plusieurs allers-retours pendant des années. Un sujet auquel le comédien a dédié un film, Le Grand cirque, en 2023.
Le rire avant tout
Celui qui a pris son parti de faire rire pour se faire accepter – « quand on se moquait de moi, direct je vannais » – était « plutôt le copain qu’il fallait avoir dans son équipe pour passer une bonne journée, pour bien rigoler », a-t-il raconté ce week-end dans Un dimanche à la campagne.
« Je comprends une chose, c’est que j’ai une tête pas comme celle des autres, mais je vois le regard qui se porte sur moi. Mon visage peut dégager de la méchanceté et de la peur, je comprends très vite ça. »
Pour éviter d’avoir « une tête d’assassin », la solution est évidente selon lui : « Il faut que je sois drôle, pour être accepté ». Dans le quartier populaire à Paris où il a vécu, le jeune homme devait être soit « fort à la bagarre, soit drôle pour être accepté ».
« J’étais très drôle moi parce que la bagarre, c’était compliqué. »
Le rôle indirect du football
Autre planche de salut : le foot. Même s’il ne « payai(t) pas de mine », Booder était « très fort au foot », ce qui a contribué à le faire accepter « de tout le monde », surtout de ses coéquipiers qui préféraient le faire jouer plutôt que de se faire « vanner » en le laissant tout le match sur un banc. À cette époque, le jeune sportif a une idole : le joueur de football marocain Aziz Bouderbala. « Je voulais écrire Bouderbala sur mon tee-shirt mais il n’y avait pas la place donc j’ai écrit que Booder », a-t-il expliqué.
Le surnom, tout de suite adopté par « les grands du quartier » parce que « ça allait avec (s)on physique », est resté. Et fait également écho, avec le recul, à « ce manque d’air qui aurait pu me sortir de ce monde-là, cette bouffée d’air que j’ai eu quand je suis arrivé à Paris à l’hôpital Necker. »
« Donc je porte très bien mon nom », a conclu celui qui a dû abandonner tôt ses rêves de football du fait qu’il ne « grandi(ssait) plus ». Ironiquement, le nom indiqué par son entraîneur lors de sélections par le Paris Saint-Germain, qui ne le retiendra finalement pas en se rendant compte qu’il joue en catégorie 7-8 ans alors qu’il en a 12, est Baptiste Poquelin. Un faux nom qui rappelle étrangement Jean-Baptiste Poquelin, qui avait lui pour nom de scène Molière. De quoi ouvrir la voie du destin vers le théâtre à coups de surnoms interposés.