Face à la pénurie de logements, de nouveaux intermédiaires – les chasseurs d’appartement – proposent leurs services pour trouver un logement. Solution miracle ou illusiton? Enquête sur ces nouveaux acteurs qui prospèrent là où les locataires peinent à se loger.

Trouver un appartement sur l’arc lémanique relève aujourd’hui du défi. Dix candidats pour un 50 m² à 1600 francs à Renens? Rien d’exceptionnel. Dans ce marché saturé, un nouvel intermédiaire s’impose: le chasseur d’appartement. Leur promesse: chercher, visiter, sélectionner, parfois même garantir un logement.

Les tarifs donnent le ton: une véritable jungle. « On demande un mois de loyer après signature du bail », « 1490 francs pour vingt propositions », ou encore tarification au forfait… À chaque professionnel sa politique. Mais que chassent-ils: des appartements ou des honoraires?

Yann Capt, chasseur expérimenté dans le canton de Vaud, a accepté de dévoiler à Basik son quotidien. « Je ne promets aucune réussite, je suis payé au résultat », explique cet indépendant. Pas de passe-droits, assure-t-il, mais des contacts, et surtout beaucoup de temps passé sur les sites spécialisés et une veille permanente des annonces.

Tentation d’une double rémunération

Les chasseurs d’appartements peuvent assurer trois types de missions: les locations, les ventes et les relocations. C’est dans ce dernier cas, celui de trouver le remplaçant d’un bien, qu’une tentation de double rémunération peut apparaître: être payé par celui qui recherche, mais aussi par celui qui souhaite relouer le bien, une régie par exemple.

À Lausanne, Hauspass revendique le fait de travailler uniquement pour les locataires. « Jamais rémunérés par les régies », affirment les fondateurs, Ali Baghadi et Oscar Delabranche. Dans un secteur peu transparent, « il peut y avoir des situations où il y a des pots-de-vin et des doubles commissions qui peuvent arriver », détaille Oscar Delabranche. Tout leur processus de recherche est optimisé pour minimiser les coûts: leur plateforme trie automatiquement les annonces et des étudiants assurent les visites, payées 25 francs.

Pour l’expert en immobilier Bertrand Cavaleri, ce métier est le témoin de la pénurie de logements. Un marché est considéré comme tendu à partir de 2% de taux de vacance, et en pénurie à partir de 1,5%. À Genève, ce taux est de 0,34% en 2025. Cette situation crée des « ouvertures commerciales, bien intentionnées ou moins bien intentionnées ». Il y voit même un « symbole du désespoir » des chercheurs d’appartements.

Manque de supervision

Certaines expériences tournent mal. A Genève, nous rencontrons une employée d’une organisation internationale. Elle a payé trois chasseurs différents. Deux ont été des mauvaises expériences: promesses d’exclusivités inexistantes, propositions d’appartements hors critères, refus d’aller plus loin. « Il devrait y avoir une supervision par une organisation ou une administration », déplore-t-elle.

Les professionnels de l’immobilier le répètent: prudence. Vérifier les références, la transparence, l’affiliation à une association. Et ne pas croire que passer par un chasseur ouvre toutes les portes. « Les régies regardent d’abord le dossier, pas l’intermédiaire », rappelle l’expert Bertrand Cavaleri. Mais au-delà des dérives, certains, comme Yann Capt, font de cette activité un véritable accompagnement humain. « C’est un métier de rencontres, d’histoires », confie-t-il. Tant que la crise durera, le métier de chasseurs d’appart perdurera.

>> Pour aller plus loin, écouter les conseils d’On en Parle pour bien choisir son chasseur d’appartement : Comment choisir son chasseur dʹappartement? / On en parle / 20 min. / le 4 mai 2022

Jeanne Gerbault