Rejetée à 62% lors des votations du 8 mars, l’initiative pour une redevance à 200 francs n’éteint pas pour autant le débat sur l’avenir du service public. Le conseiller fédéral Albert Rösti affirme vouloir tenir compte des 38% de oui et estime que la SSR devra « se recentrer ».

Dans le cadre de la nouvelle concession de la SSR, qui entrera en vigueur en 2029 et sera négociée ces prochaines années avec l’entreprise et les milieux politiques, le Conseil fédéral prépare un mandat recentré pour le service public. « Cette nouvelle concession est maintenant à définir, nous commençons le travail », souligne le conseiller fédéral Albert Rösti lundi dans l’émission Forum.

Ces orientations avaient déjà été décidées avant moi, sous Simonetta Sommaruga; rien n’a changé

Albert Rösti, conseiller fédéral

Il explique qu’avec une redevance abaissée par étapes jusqu’à 300 francs dès 2029, la SSR disposera de moins de moyens qu’aujourd’hui, ce qui implique des économies planifiées. Le ministre de la Communication fixe ainsi les priorités: des efficiences internes d’abord, puis des réductions plutôt dans le divertissement et le sport lorsque des privés peuvent assumer ces offres, afin de préserver l’information, la culture et la formation au cœur du service public.

« Ces orientations avaient déjà été décidées avant moi, sous Simonetta Sommaruga; rien n’a changé. Les détails seront discutés avec la SSR et le monde politique dans le cadre de la concession. Nous avons le temps, […] nous aurons des discussions et des consultations  », ajoute‑t‑il.

>> Voir aussi l’interview d’Albert Rösti dans le 19h30 de dimanche : Initiative "200 francs, ça suffit": interview du Conseiller fédéral Albert Rösti Initiative « 200 francs, ça suffit »: interview du Conseiller fédéral Albert Rösti / 19h30 / 4 min. / dimanche à 19:30 Le Conseil fédéral précise sa feuille

Interpellé sur les critiques du monde sportif, qui accuse le projet de mandat de la future concession de ne pas refléter l’ampleur du vote en faveur de la SSR, Albert Rösti rejette cette lecture. Il avance au contraire que les organisations sportives devraient remercier le Conseil fédéral, car c’est précisément en intégrant l’idée de faire des économies que le gouvernement a pu remporter la votation.

« Une chose est claire: la SSR a gagné. Nous pouvons dire que nous avons gagné ensemble avec le Conseil fédéral », souligne le conseiller fédéral. « Mais pour obtenir cette victoire, le Conseil fédéral a aussi décidé de réduire la redevance à 300 francs d’ici 2029 et de la supprimer pour les petites entreprises. Selon les calculs de la SSR, cela implique de réduire les coûts d’environ 270 millions de francs. »

Et d’insister: « Il n’est pas possible de réduire le budget de 270 millions de francs sans revoir certaines émissions ».

>> Ecouter aussi l’interview dans Forum de l’historien François Vallotton, sur le succès de la votation en faveur de la SSR : Comment expliquer la votation en faveur de la SSR, alors même qu’elle est critiquée? Interview de François Vallotton / Forum / 7 min. / hier à 18:08 Entre indépendance et exigence d’équilibre

Face aux critiques d’Albert Rösti, liées à sa demande d’une SSR « plus équilibrée », le président du Conseil d’administration de la SSR, Jean‑Michel Cina, a rappelé dans La Matinale de la RTS que la mission de la SSR — information, culture, création suisse, sport et divertissement — devait rester intacte: « C’est important de le défendre, car c’est précisément ce que la population, les votants suisses, ont exprimé par leur fort soutien à la SSR. Nous devons garder cela en tête, tout comme l’indépendance de nos rédactions, de nos journalistes et de notre institution. Je peux dire clairement que c’est un point sur lequel je ne bougerai pas d’un millimètre. »

Je veillerai à ce que le débat reste équilibré. Dans une émission ou une autre, on peut se poser la question: est‑ce équilibré?

Albert Rösti, conseiller fédéral

Albert Rösti confirme ce principe: la SSR est une société indépendante, non soumise au gouvernement. Il estime toutefois légitime d’attendre une présentation équilibrée des sujets, un objectif déjà inscrit dans la concession actuelle.

« La seule chose que j’ai dite, c’est que je veillerai à ce que le débat reste équilibré. Dans une émission ou une autre, on peut se poser la question: est‑ce équilibré, oui ou non ? C’est tout ce que nous demandons. Cela n’a rien à voir avec l’indépendance des journalistes  », justifie le conseiller fédéral UDC.

>> Voir aussi l’interview de Jean-Michel Cina, président du Conseil d’administration de la SSR dans La Matinale : L'invité de la Matinale (vidéo) - Jean-Michel Cina, président du Conseil d'administration de la SSR L’invité de la Matinale (vidéo) – Jean-Michel Cina, président du Conseil d’administration de la SSR / L’invité-e de La Matinale / 15 min. / hier à 07:32

Propos recueillis par Thibaut Schaller/Mehmet Gultas

Adaptation web: Miroslav Mares