Tout commence dans l’automobile, lorsque Venturi s’intéresse à la mobilité électrique dans des conditions extrêmes, ce que l’entreprise monégasque expérimente notamment au travers de records de vitesse – en 2016, sa VBB-3, sorte de fusée sur roues, obtient le record du monde en tutoyant les 580 km/h – avant de prendre part à la Formula E, ce championnat de formules 1 électriques qui sert de laboratoire pour la mobilité plus grand public. Mais depuis 2021, Venturi a quitté l’asphalte pour planter son regard vers les étoiles, vers le spatial devenu son nouveau terrain d’exploration.
Depuis 5 ans, Venturi Space, la filiale dédiée, étudie donc diverses solutions capables de venir répondre aux besoins spatiaux. C’est comme cela que sont nés les rovers Flip et Flex, le premier étant embarqué dans la mission Griffin-1 sur la Lune cette année alors que le second, dédié aux missions privées, le sera l’année prochaine.
Mais celui qui concentre les attentions, c’est Mona Luna, ce rover massif présenté en avant-première lors du dernier Salon du Bourget en juin dernier. Un rover, développé sur fonds propres, qui embarque les technologies développées par Venturi au fil des expérimentations mais qui vient surtout créer une rupture en termes de rovers lunaires. En effet, jusqu’alors ce sont plutôt des rovers de 200 à 250 kg qui étaient développés, mais pas de rovers d’une tonne ou plus. Or, c’est sur ce segment que ce positionne Mona Luna, ce qui intéresse particulièrement l’ESA, l’agence spatiale européenne avec laquelle Venturi Space mène actuellement une série de tests. Car si l’ESA s’intéresse depuis plus de vingt ans à la mobilité lunaire, l’arrivée de Mona Luna ouvre des perspectives jusqu’alors inexplorées alors même que l’enjeu de missions et d’exploration de la Lune redeviennent des objectifs prioritaires. « La conquête de la Lune revient de plus belle, avec la volonté d’exploiter les ressources pour le bien de l’humanité terrestre. Mais cela revient à refaire ce que l’on a fait sur Terre pour l’industrie : refaire des camions, des véhicules légers, des camionnettes. La problématique est industrielle. Et quand le problème est industriel, les flux sont importants, les flux de matières, de personnes, d’énergie. Et pour transporter une partie de ces flux de quoi avons-nous besoin ? De mobilité. Et la première mobilité est la mobilité roulante », détaille Antonio Delfino, le directeur des affaires spatiales de Venturi Space. Cet ex-Michelin travaille depuis de nombreuses années avec Gildo Pastor, le fondateur de Venturi, avec lequel il partage la vision sur tout le potentiel que permet le rover massif. Une vision qui, il y a 6 ans, n’était pas forcément partagée par tous mais qui désormais éveille les intérêts.