Après l’assassinat d’Ali Khamenei et la rupture du cessez-le-feu au Liban, Israël poursuit une offensive aux objectifs « clairs mais inatteignables », selon l’expert Jean-Paul Chagnollaud. Face à la confusion américaine et au risque d’engrenage régional, cette escalade menace d’entraîner l’Europe dans un conflit « qui n’a pas de sens ».
Après avoir bombardé l’Iran et tué le guide suprême de la Révolution Ali Khamenei le 28 février, Israël a de nouveau jeté son dévolu sur le Liban, faisant voler en éclats l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024. L’objectif affiché est clair: en finir une fois pour toutes avec le Hezbollah.
Le Hezbollah est une organisation militaire, mais aussi une organisation politique profondément implantée dans une grande partie de la population chiite.
Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO)
Un objectif illusoire, estime toutefois Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO).
« Le Hezbollah est une organisation militaire, mais aussi une organisation politique profondément implantée dans une grande partie de la population chiite. Par conséquent, vouloir en finir n’a pas de sens, parce qu’il y aura toujours des gens qui seront proches du Hezbollah », explique-t-il lundi dans l’émission Tout un monde de la RTS.
Même affaibli, le mouvement islamiste continuera d’exister d’une manière ou d’une autre, souligne-t-il. « L’attaque d’Israël est largement disproportionnée », selon lui, évoquant le déplacement forcé de la population, qui constitue « un crime de guerre ». Tout cela, « pour un objectif qui n’est pas atteignable, à moins de briser complètement le Liban, déjà profondément déstabilisé. »
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Stratégie américaine confuse
Du côté de l’Iran, une semaine après le début de cette guerre, la situation apparaît de plus en plus confuse et dangereuse. « Autant les Israéliens savent où ils veulent aller. Ils veulent casser, pas simplement le régime iranien, mais vraiment affaiblir profondément l’Etat iranien. » Pour les Etats-Unis, en revanche, c’est le flou absolu. « Il suffit d’écouter Donald Trump qui dit tout et son contraire. »
Jean-Paul Chagnollaud redoute « un engrenage » entraînant davantage Washington dans ce conflit. « Donald Trump vient encore d’évoquer des troupes au sol, ce qui est évidemment impossible. » Selon lui, le président de la plus grande puissance du monde a complètement perdu son rapport au réel.
Pressions multiples sur les Etats-Unis
Et c’est sans compter sur les Etats du Golfe, encore dans une posture défensive, qui pourraient bientôt répondre de manière offensive. « Dans cette hypothèse, il faut rappeler que la France a des accords de coopération avec eux, et notamment avec les Émirats arabes unis », précise-t-il. « Par conséquent, la France pourrait être contrainte d’assumer ses responsabilités. » Ce qui représenterait un pas supplémentaire dans un conflit qui « n’a fondamentalement pas de sens », puisque les objectifs affichés sont inatteignables.
Dans cette affaire, la rationalité n’a pas beaucoup de poids, et c’est ça qui est très préoccupant. Donald Trump est entraîné dans quelque chose qu’il ne maîtrise pas
Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO)
Le président américain fait en outre face à de multiples pressions: celles de son électorat, des responsables politiques, mais aussi celles des États du Golfe, qui lui avaient demandé de ne pas intervenir, souligne-t-il. A cela s’ajoute la question économique, notamment le risque de perturbations sur le marché du pétrole.
« Autant d’éléments qui, rationnellement, devraient l’inciter à s’arrêter », observe l’universitaire. Mais il déplore: « Dans cette affaire, la rationalité n’a pas beaucoup de poids, et c’est ça qui est très préoccupant. Donald Trump est entraîné dans quelque chose qu’il ne maîtrise pas. »
Une stratégie plus large
Parallèlement, la guerre à Gaza ne s’est pas arrêtée. Dimanche encore, des bombardements ont fait six morts, selon des sources médicales. Si l’intensité des frappes a diminué, Israël ne s’est pas désengagé du territoire.
On est dans une phase d’expansion territoriale, s’inscrivant dans un projet qui remonte à très longtemps
Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO)
Pour Jean-Paul Chagnollaud, ces différents fronts s’inscrivent dans une stratégie globale. « Pour Israël, cette guerre forme un ensemble, incluant l’Iran, le Liban et la Palestine. »
Selon lui, l’objectif d’Israël n’est pas seulement sécuritaire, mais aussi politique et territorial. « Il y a des éléments de sécurité, mais fondamentalement, c’est l’idée d’une domination sur la région » qui prévaut.
Il cite non seulement la volonté de conserver la bande de Gaza, mais aussi la Cisjordanie, c’est-à-dire la Palestine, tout en accentuant sa domination sur le Golan, et désormais le sud du Liban. « Je serais très étonné si Israël s’en retirait complètement. » Avant de conclure: « On est vraiment dans une phase d’expansion territoriale, s’inscrivant dans un projet qui remonte à très longtemps. »
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Propos recueillis par Eric-Guévara-Frey
Texte pour le web: Fabien Grenon