« Souriez, la vie est belle ! », lançait Malick Sidibé (1936–2016) aux personnes venues se faire tirer le portrait dans son modeste studio. Surnommé « l’œil de Bamako », il a immortalisé pendant plus de 50 ans l’effervescence du Mali post-colonial – sa jeunesse exaltée, ses fêtes clandestines, ses espoirs –, et livré un témoignage précieux de l’histoire culturelle de ce pays d’Afrique de l’Ouest tout juste libéré du joug colonial.

Reporters sans frontières (RSF) rend hommage à cet immense photographe dans son 81e album « 100 photos pour la liberté de la presse », en vente depuis le 5 mars et dont les bénéfices servent à financer les actions de l’ONG.

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Un photographe qui a fait le portrait des Maliens

Né en 1936 dans le village rural de Soloba au sein d’une famille peule et sensibilisé à la création par sa mère qui décorait les cases pour les fêtes, Malick Sidibé s’est formé au métier d’artisan bijoutier à l’Institut national des arts de Bamako. Mais une rencontre avec un photographe français installé au Mali, un certain « Gégé la Pellicule » (Gérard Guillat-Guignard de son vrai nom), scelle le destin du jeune Malick. Devenu son assistant, il court à la nuit tombée les surprises-parties et les bals populaires, appelés « bals poussière », où se réunit une jeunesse insouciante en quête de liberté.

Malick Sidibé, Melle Kadiatou Touré avec mes verres fumés

Malick Sidibé, Melle Kadiatou Touré avec mes verres fumés, 1969

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Tirage argentique baryté • © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé

Au lendemain de la proclamation d’indépendance du Mali, en 1960, celle-ci s’approprie la musique et les codes vestimentaires venus d’Europe et des États-Unis, dans une société qui reste profondément traditionnelle. L’heure est au rock et au twist, aux pantalons pattes d’eph et aux chemises aux cols pelle à tarte. Parfois, les soirées se poursuivent sur les rives du fleuve Niger, où l’on se baigne, s’amuse et drague au grand jour.

« Les photographies de Malick Sidibé ne documentent pas le pouvoir. Elles documentent la vie. »

Françoise Huguier

En 1961, le photographe ouvre son propre studio, le Studio Malick, où défilent les jeunes et les moins jeunes, des fratries, parfois des familles entières. Chacun arbore sa plus belle tenue, prend la pose avec des accessoires délicieusement sixties – lunettes de soleil, couvre-chefs en tous genres, disques vinyles… Figure respectée du quartier de Bagadadji, Malick Sidibé poursuit ses activités même si la dictature militaire instaurée après le coup d’État de 1968 sonne le glas des folles soirées bamakoises.

Malick Sidibé, Un jeune gentleman, Studio Malick, Bamako

Malick Sidibé, Un jeune gentleman, Studio Malick, Bamako, 1978

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Tirage argentique baryté • © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé

« Les photographies de Malick Sidibé ne documentent pas le pouvoir. Elles documentent la vie. Elles montrent des moments ordinaires, des fêtes, des corps en mouvement, des regards. C’est précisément ce qui les rend essentielles », souligne Françoise Huguier dans l’album de RSF. La photographe française, cofondatrice des Rencontres africaines de la photographie, a rencontré par hasard Sidibé au début des années 1990, alors qu’elle cherchait à faire réparer son appareil photo lors d’un séjour au Mali.

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À l’honneur d’une expo à Paris

C’est grâce à son important travail de valorisation de ses archives, qui sommeillaient dans son studio, que les images de Malick Sidibé nous sont parvenues en France. « L’œil de Bamako », disparu en 2016, jouit aujourd’hui d’une aura internationale et est exposé dans les plus grands musées du monde – on se souvient de la géniale rétrospective que lui avait consacré la fondation Cartier en 2017, plus de 20 ans après avoir accueilli sa première exposition en France.

Malick Sidibé, Vue de dos, Studio Malick, Bamako

Malick Sidibé, Vue de dos, Studio Malick, Bamako, années 1990

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Tirage argentique baryté • © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé

À Paris, la galerie Magnin-A lui rend aussi hommage à travers l’accrochage « Une jeunesse moderne » (à voir jusqu’au 4 avril). Une grande bouffée de joie et d’insouciance particulièrement salvatrice par les temps qui courent. En 2025, 67 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, rappelle Reporters sans frontières dans son « Tour du monde de la liberté de la presse ».

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Malick Sidibé. 100 photos pour la liberté de la presse

Avant-propos de Françoise Huguier

Reporters sans frontières • 144 p. • 12 €

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Malick Sidibé. Une jeunesse moderne

Du 12 février 2026 au 4 avril 2026

www.magnin-a.com

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