La compression dynamique est très largement utilisée pour augmenter l’impact de la musique, de la pub, ou des bandes son de films et de séries. Mais écoutée à outrance, celle-ci peut avoir des conséquences néfastes sur notre cerveau auditif.

La compression dynamique du son est une technique omniprésente dans l’industrie musicale et audiovisuelle. Elle consiste à réduire l’écart entre les sons les plus faibles et les plus forts pour rendre le tout plus homogène et augmenter l’impact de ce que l’on écoute, qu’il s’agisse de musique, de contenus publicitaires, de films ou de séries. Mais cette pratique n’est pas sans conséquences en cas d’exposition importante à ce type de sons.

Nos neurones sont menacés parce qu’ils sont sollicités par des messages qui sont en permanence excessifs

Paul Avan, directeur du Centre de recherche et d’innovation en audiologie humaine de l’Institut Pasteur

C’est ce que pointe une étude menée par le Professeur Paul Avan, directeur du Centre de recherche et d’innovation en audiologie humaine de l’Institut Pasteur à Paris. Celle-ci montre que des sons très compressés provoquent une fatigue auditive chez les cochons d’Inde, dont le système auditif est proche de celui des humains. « Ce sont nos neurones qui sont menacés parce qu’ils sont sollicités par des messages qui sont en permanence excessifs », alerte le chercheur dans l’émission A Bon Entendeur de la RTS. « Ils ont une fragilité métabolique, ils ont besoin de se nettoyer, de se recharger, d’éliminer les molécules toxiques. Ils ont tout ce qu’il faut pour ça, mais on est en train de leur donner une tâche trop compliquée ».

Pas de répit pour nos oreilles

Une tâche compliquée, car il n’y a pratiquement plus de micro silences dans les sons très compressés. Musique, vidéos, réseaux sociaux, visio-conférence, téléphone, l’oreille n’a plus de répit. « On est baigné dans des sons compressés dans toutes les circonstances de la vie quotidienne. Les conséquences à long terme devraient nous inquiéter. La fatigue, c’est une chose, mais la fatigue prolongée, c’est déjà inquiétant et prolonger une fatigue pendant très très longtemps peut aboutir à des lésions », détaille le spécialiste, qui recommande de faire des pauses régulières pour préserver son audition.

Certains professionnels de la musique dénoncent par ailleurs la piètre qualité des morceaux très compressés. « Ca se fait depuis longtemps, il y a des compressions dans les studios, mais le problème, c’est qu’il y a une course à la compression », déplore le guitariste et chanteur Thomas Dutronc. « Les derniers qui restent un peu épargnés, c’est dans la musique classique où ils enregistrent de manière pure (…) Mais en pop, etc., tout est monté très fort. »

De nouveaux formats

Du côté des plateformes d’écoute, la promesse de sons moins compressés est toutefois devenue un argument de vente, notamment via l’introduction de formats appelés lossless ou FLAC. Attention, on parle ici d’une compression qui concerne la taille du fichier et non pas la restitution du son dans sa dynamique.

La qualité de la musique que l’on écoute dépend avant tout de l’enregistrement original en studio. Néanmoins, si cette étape a été faite avec soin, ces nouveaux formats permettent une restitution de la musique sans perte d’information audio. « Moi si je vois FLAC, j’y vais », commente Hervé Lissek,  Maître d’Enseignement et de Recherche à l’EPFL. « J’ai fait une comparaison en aveugle, je trouve qu’on a une restitution assez bluffante. »

A condition d’écouter ce son sur un matériel qui ne l’appauvrit pas, comme c’est par exemple le cas des écouteurs sans fil. « Dès qu’on se passe d’un fil, on va utiliser un canal de communication qui a besoin de compresser donc il y aura forcément une perte de qualité », observe le spécialiste. « Pour la qualité audio, je préfère un casque filaire. Si on a ça, je dirai que le FLAC se justifie, mais pour une écoute nomade, en soi, je ne justifierais pas l’utilisation de fichiers FLAC. »

Claire Braillard