Nées du partenariat entre Meta et Ray‑Ban, de nouvelles lunettes connectées sont capables de filmer discrètement l’environnement de leur porteur. Actuellement, elles connaissent un succès fulgurant, mais cet essor nourrit de fortes inquiétudes autour de la vie privée, d’autant que, selon le New York Times, Meta envisagerait d’y intégrer un système de reconnaissance faciale.

A première vue, les Ray‑Ban Meta paraissent anodines. Pourtant, elles cachent une véritable révolution technologique: grâce à la caméra intégrée à ces lunettes, il n’est même plus nécessaire d’utiliser ses mains pour filmer. Leur usage connecté séduit particulièrement les créateurs de contenu.

Selon Mathias Thalmann, créateur de contenu humour et lifestyle, elles permettent aussi de gagner du temps et en spontanéité, « et ça, c’est une révolution », souligne‑t‑il mardi dans le 19h30. « Ensuite, ces lunettes sont connectées à l’IA, et parfois lorsque je voyage, je demande directement à mes lunettes où je suis. Enfin, tout ce que je filme arrive directement sur mon téléphone, ce qui est franchement très pratique », ajoute‑t‑il.

La technologie est en plein essor: en 2025, son fabricant a vendu sept millions de paires de lunettes dans le monde, soit trois fois plus que durant les deux années précédentes. En revanche, en Suisse, le marché reste encore confidentiel, explique Ilias Berdoz, directeur commercial de Berdoz Vision & Audition: « Pour l’instant, ce sont surtout des personnes technophiles, curieuses de la technologie et de son application au quotidien […] qui se tournent vers ce type de produit ».

Risque croissant d’atteinte à la vie privée

A peine arrivées sur le marché, ces lunettes intelligentes suscitent déjà de vives inquiétudes. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos – comme celles relayées par la BBC – montrent des personnes filmées à leur insu, souvent des femmes. Selon le quotidien El Pais, un influenceur espagnol a même été arrêté pour avoir enregistré une centaine d’entre elles sans leur consentement.

Nous sommes face à un appareil qui peut entraîner une véritable invasion de la vie privée […] en utilisant la reconnaissance faciale

Jean‑Henry Morin, professeur de systèmes d’information à l’UNIGE

Si une petite lumière est censée signaler qu’elles filment, elle ne garantit en réalité aucune transparence. Selon Jean‑Henry Morin, professeur de systèmes d’information à l’UNIGE, « c’est de la poudre aux yeux, parce que cela se contourne extrêmement facilement pour faire en sorte qu’on ne la voie plus ». En effet, de nombreux tutoriels expliquent comment retirer le signal lumineux. Des gommettes employées pour camoufler la lumière sont également vendues en ligne. 

Le spectre d’une identification permanente

« Nous sommes face à un appareil qui peut entraîner une véritable invasion de la vie privée, voire davantage, en utilisant par exemple la reconnaissance faciale pour identifier des gens à leur insu dans la vie de tous les jours  », ajoute Jean‑Henry Morin.

Le spécialiste estime que le politique doit prendre ses responsabilités, d’autant plus depuis que le New York Times a révélé que Meta, la maison mère de Facebook, souhaiterait ajouter de la reconnaissance faciale à ces lunettes: « Par exemple, en Asie, les Coréens et les Japonais ont des réglementations qui imposent aux smartphones de faire un bruit d’un obturateur de 60 à 68 décibels pour notifier qu’ils sont en train de capturer quelque chose ».

Le conseiller fédéral Albert Rösti est en tout cas conscient des risques. Il s’était fait surprendre l’an dernier, lors des Swiss Press Awards, lorsque le directeur de la cérémonie, Michael von Graffenried, l’avait filmé sans le prévenir, pour mettre en garde face aux répercussions que ce genre de technologie pourraient avoir sur le journalisme.  Ce dernier s’en est par la suite excusé lors de son allocution.

Le conseiller fédéral avait alors pris l’épisode avec humour. Mais derrière cette scène légère se pose une question bien plus sérieuse: celle de la régulation de ces nouvelles technologies.

Sujet TV: Dario Mercolli

Adaptation web: Miroslav Mares