Depuis plus de trente ans, l’actrice française Sandrine Kiberlain s’illustre avec élégance dans un cinéma d’auteur exigeant et populaire. Egalement réalisatrice et chanteuse, elle était récemment de passage à Lausanne à l’occasion des Rencontres 7e art.
Découverte au Festival de Cannes en 1994 dans le film « Les patriotes » d’Eric Rochant, Sandrine Kiberlain a écumé depuis les plateaux de tournage comme les planches des théâtres. Aujourd’hui âgée de 58 ans, l’actrice et chanteuse française, aussi réalisatrice, a tourné dans plus de soixante films et obtenu un César de la meilleure actrice dans « 9 mois fermes » d’Albert Dupontel en 2014.
Sandrine Kiberlain était présente il y a quelques jours aux Rencontres 7e art Lausanne pour parler de son premier long métrage en tant que réalisatrice, « Une jeune fille qui va bien » (sorti en 2021), et pour présenter en avant-première suisse « Ceux qui comptent » de Jean-Baptiste Leonetti, où elle partage l’affiche avec Pierre Lottin. Invitée de prestige du festival, elle a également répondu aux questions de Frédéric Maire, ancien directeur de la Cinémathèque suisse, lors d’une rencontre publique le 7 mars dernier.
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Des rencontres inoubliables
Face à sa longue carrière, Sandrine Kiberlain ressent une forme de reconnaissance. « Je mesure ma chance. J’ai traversé ce métier jusqu’à maintenant, et j’espère encore longtemps, avec des rencontres incroyables. Et c’est cela, la vraie chance de ce métier », raconte Sandrine Kiberlain dans l’émission Vertigo du 6 mars.
Au fil de sa carrière, la comédienne a fait en sorte de choisir des rôles très différents les uns des autres, afin d’éviter d’être cantonnée à un seul registre. « La joie d’un acteur, c’est justement de lire des choses très différentes les unes des autres et de ne pas en avoir peur. Au lieu de recommencer ce qui a marché, essayer d’avoir le culot de se surprendre et de surprendre les autres ». (…) Déjà au Conservatoire quand j’étais étudiante, j’aimais passer de Woody Allen à Corneille, en passant par Goldoni. Et en fin de compte, être acteur, c’est cela: essayer de ne jouer que des choses qui nous donnent sincèrement envie de nous investir dans autre chose que nous-mêmes, mais avec le plus d’épaisseur, de largeur et de différences possibles ».
Jeune et joyeux sous l’Occupation
Pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, « Une jeune fille qui va bien », Sandrine Kiberlain a choisi de raconter l’histoire d’Irène (Rebecca Marder), une jeune fille juive de 19 ans à l’été 1942, à Paris, sous l’Occupation. Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse, tandis que sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour (incarné par l’acteur suisse Cyril Metzger) et sa passion du théâtre.
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Cette histoire hantait Sandrine Kiberlain depuis toujours. « Je me suis mise à la place de ces gens qui, à l’époque, vivaient au présent leurs 18 ans, découvraient la passion, heureux dans une famille aimante. Rien ne pouvait laisser penser qu’Irène serait fauchée en plein élan juste parce qu’elle est juive », explique la réalisatrice. Et d’ajouter: « Je me suis souvenue de façon extrêmement précise de ma lecture du journal d’Anne Frank à l’âge de treize ans, où je m’attendais à la vie d’Anne Frank à la page d’après, et il n’y avait pas la page d’après. Cela s’arrête en plein élan. Et je voulais susciter le même gouffre. (…) Je suis partie de cette fin-là pour construire mon film sur du hors champ, sur cette fille qui est tellement vivante que quand la vie s’arrête, c’est pire que tout ».
Le personnage d’Irène apparaît comme intemporel et très libre, car Sandrine Kiberlain souhaitait que le film ne se déploie pas dans un espace temporel unique. « Je voulais évidemment traiter ces faits historiques et l’assumer, mais je voulais aussi que cela résonne, souligne-t-elle. Et d’ailleurs, je ne savais pas à quel point on allait en être là aujourd’hui. Certains jeunes, en voyant le film, se sont sentis concernés à leur âge, dans l’époque que l’on traverse, parce que [Irène] pourrait être iranienne, afghane… Je voulais que cela résonne avec autre chose que les années 1940 ».
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert
Adaptation web: Melissa Härtel