Judith Godrèche comparaîtra ce 19 février devant le tribunal de Paris, poursuivie pour diffamation par le réalisateur Jacques Doillon. L’actrice dénonce un « procès-baillon » sur Instagram. On vous explique ce que c’est.
« Voler mes mots et violer mon corps ne vous aura pas suffi ? », interroge Judith Godrèche sur Instagram. Le 19 février, l’actrice sera entendue par le tribunal judiciaire de Paris, dans le cadre d’une procédure en diffamation engagée par Jacques Doillon. La plainte du réalisateur fait suite à un commentaire de la comédienne sous un article de Télérama, dans lequel elle écrivait : « En 2022, ce journal écrit que la spécialité de Doillon est de tourner avec des enfants. Il manque une phrase : ‘Avec qui il couche’. »
Celle qui a accusé le cinéaste de viol sur un tournage alors qu’elle n’avait que 15 ans (des faits aujourd’hui prescrits) dénonce un « procès-bâillon, l’arme judiciaire classique des agresseurs ». Une expression fréquemment employée depuis le mouvement MeToo, mais qui ne correspond à aucune qualification juridique officielle.
Qu’est-ce qu’une procédure-bâillon ?
En droit français, la « procédure-bâillon » n’existe pas en tant que telle. Il s’agit d’un terme emprunté au vocabulaire anglo-saxon (SLAPP : Strategic Lawsuit Against Public Participation) utilisé pour désigner des actions en justice perçues comme visant à dissuader ou freiner la prise de parole publique. Ces procédures « sans fondement réel, visent principalement à limiter la liberté d’expression en impliquant les défendeurs dans un contentieux long et coûteux », indique une étude du Sénat datant de 2023.
Le magazine ELLE cite plusieurs exemples : la journaliste Marie Portolano, poursuivie par Pierre Ménès après son livre « Je suis la femme du plateau », des militantes féministes attaquées par Christophe Girard pour des tweets dénonçant ses liens avec Gabriel Matzneff ou encore Florence Porcel, visée par une plainte de Patrick Poivre d’Arvor après ses accusations de viol (plainte finalement retirée).
Une « double peine » pour les victimes
Pour les personnes qui dénoncent, l’effet est dévastateur : aux violences subies s’ajoutent des années de procédures, des frais d’avocats, une exposition médiatique et une charge psychologique lourde, précisent la directive 2024/1069 de l’Union européenne et Victim Support Europe (réseau réunissant des associations d’aide aux victimes) et
Dans Le Parisien, Judith Godrèche parle d' »une stratégie classique pour inverser la culpabilité » et « imposer le silence aux victimes ». Le réalisateur, lui, réfute les accusations et n’est poursuivi que comme témoin assisté dans une enquête distincte ouverte après d’autres plaintes pour agression sexuelle.
Un vide juridique en France
Contrairement au Canada ou à certains États américains, la France ne dispose pas de loi spécifique permettant de rejeter rapidement ces plaintes jugées abusives. Des collectifs de femmes poursuivies en diffamation ont appelé, dans une tribune publiée par Libération en mars 2024, à des mesures législatives pour rendre ces procédures « difficiles, voire impossibles ».