Depuis le mois de mai, impossible de le rater près de la gare centrale de Zurich: un imposant échafaudage de vingt mètres sur cinq est dressé sur la WildenPlatz. A la manière des célèbres lettres de Hollywood, un nouveau message féministe s’y affiche chaque mois en lettres blanches géantes.
Le cinquième message de cette série de douze a été dévoilé samedi dernier: « Je suis la fille qui manque beaucoup. »
Derrière cette œuvre monumentale se cache BILLBOARD, un projet artistique initié par Les Créatrices, une association fondée en 2017 qui regroupe architectes, artistes et designers. Son objectif: interroger la société à travers l’espace public, tout en mettant en lumière les contributions des femmes dans les domaines de l’architecture, du design et de l’art.
Un lieu stratégique
Le choix de la WildenPlatz, une friche urbaine coincée entre la Zollstrasse et les voies des CFF, n’a rien de fortuit. Située à deux pas de la gare – l’une des plus fréquentées d’Europe – l’installation bénéficie d’une visibilité importante, en particulier auprès des pendulaires qui empruntent quotidiennement ce nœud ferroviaire, souligne Dominique Lorenz, architecte indépendante et coprésidente des Créatrices, mardi dans le 12h30 de la RTS.
Les lettres, d’une hauteur comprise entre 80 et 160 cm, sont constituées de panneaux alvéolés. [RTS – VALENTIN JORDIL]
A l’origine des messages, un appel à textes lancé à l’automne 2024 dans toutes les langues. L’association a reçu 850 propositions, parmi lesquelles douze ont été retenues par un jury composé notamment de l’historienne Elisabeth Joris, de l’autrice et comédienne Laura de Weck, de la poétesse Fatima Moumouni ou de la footballeuse Sarah Akanji. Les architectes Nelly Pilz et Simone Spillmann, membres des Créatrices, complétaient le jury.
« Que la honte change de camp »
Parmi les messages retenus: « Les trains à l’heure, mes droits en retard », « Si c’était écrit ici que nous sommes tous égaux, le croiriez-vous? » ou « Ecris-moi quand tu es à la maison ».
Mais c’est le premier message, en français, qui a le plus marqué les esprits: « Que la honte change de camp ». Une citation de Gisèle Pelicot, victime d’une décennie de viols, prononcée lors de son procès. « Ce texte est tellement fort qu’il a tout de suite attiré l’attention », explique Dominique Lorenz. « Nous avons reçu des mails, certains nous reprochaient de ne pas avoir mentionné qu’il s’agissait d’une citation, ou d’avoir choisi une phrase en français. »
Le premier message fut une citation de Gisèle Pelicot: « Que la honte change de camp ». [RTS – VALENTIN JORDIL] Une installation collective
La réalisation des messages est un travail collectif et technique. Chaque mois, des membres de l’association grimpent sur l’échafaudage pour installer manuellement les lettres, tendues sur un filet. « Nous avons environ 70 lettres que nous utilisons pour composer les différentes phrases. Il faut quatre à cinq heures pour en installer une », raconte l’une des membres sur place.
Entièrement financé par des fonds privés, le projet BILLBOARD se poursuivra jusqu’en avril 2026. A son terme, un livre photo regroupera les douze messages exposés.
Chaque mois, des membres de l’association Les Créatrices, dont Nelly Pilz (à droite), grimpent sur l’échafaudage pour installer manuellement les lettres, tendues sur un filet [RTS – VALENTIN JORDIL]
Valentin Jordil