C’est bon de rire parfois… Jérémy Ferrari s’y entend pour manier l’humour noir et le faire passer comme une crème au sésame. Les K d’or, son premier long métrage comme réalisateur, est le prolongement aussi décalé que tordant d’années de travail acharné. Ce quadragénaire a eu le temps de peaufiner son style et se voit dans cette comédie luxueuse tournée en Scope.

Un soldat qui pense être le fils secret du dictateur Mouammar Kadhafi (Jérémy Ferrari lui-même), une jeune fichée S convertie à l’Islam (Laura Felpin) et un coureur malvoyant esseulé (Eric Judor) partent pour le Maroc avec chacun son idée en tête. Leurs aventures délirantes au cœur du Marathon des sables se basent (très très librement) sur une histoire vraie. « A la mort de Khadafi en 2011, son argent n’a jamais été retrouvé et des chercheurs de trésor le recherchent toujours aujourd’hui », explique Jérémy Ferrari.

Rire de tout

Les K d’or n’y va pas avec le dos de la cuillère pour faire rire sur des sujets aussi délicats que le djihad ou le terrorisme. Un personnage de Français radicalisé en burn-out campé par Fred Testot est, dans ce domaine, aussi culotté que savoureux. « J’ai choisi de parler du terrorisme parce que j’aime aller chercher de l’humain derrière la folie des personnages. Il ne s’agit pas de les excuser mais de montrer leurs failles », insiste Jérémy Ferrari. Le personnage de Laura Felpin connaît ainsi une évolution touchante qu’il serait bien dommage de détailler.

« Avec mes spectacles, j’ai compris que le public pouvait rire de tout mais pas forcément des mêmes choses. Certaines personnes qui riaient à mes vannes sur les pédophiles me reprochaient celles sur le cancer. »

Jérémy Ferrari après l'interview de « 20 Minutes »Jérémy Ferrari après l’interview de « 20 Minutes » - Caroline Vié

Pour Jérémy Ferrari, il n’existe pas de sujets tabous. « J’ai commencé à faire des sketchs en parlant de thèmes sérieux sans que les gens sachent qu’ils me concernaient souvent personnellement. Avec le temps, je me suis affranchi de cela mais je pense que le rire fait du bien. Je ne reçois plus vraiment de messages indignés. » Son passage au cinéma est une bonne façon de se faire connaître par de nouveaux spectateurs. « Je suis un peu inquiet, avoue-t-il. Quand tu défends un univers rude comme ça, un univers un peu noir, un peu décalé, tu portes deux problèmes. Il faut que ce soit populaire sans perdre son identité ».

Pas de concession sur l’humour

Jérémy Ferrari n’adoucit pas son sens de l’humour en passant sur grand écran. « C’était la condition sine qua non, précise-t-il. Depuis mes débuts, les gens savent que je n’accepte aucune censure. Si on essaye de me couper, je m’en vais. Mes partenaires peuvent me donner leur avis, je ne suis pas fou, mais j’ai obtenu le contrôle, le final-cut ». Il admet pourtant que cela ne s’est pas fait tout seul.

« On a organisé des projos tests avant de valider quelques vannes un peu raides sur lesquelles mes partenaires avaient des doutes. Le public a ri et on les a gardées. Les choses qui semblent gênantes sur le papier passent souvent mieux à l’écran, dans le contexte de l’histoire. »

Les retours aux avant-premières tendant à confirmer que le public se gondole, tous âges confondus. « Je n’ai rien lâché sur l’humour par respect pour mes fans qui auraient été déçus et parce que je refusais de négocier avec mon rêve », martèle Jérémy Ferrari. On l’en remercie.

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Jérémy Ferrari se permet de rire de tout mais son film n’est pas dénué de tendresse. On tombe en amour pour Bobby, un chien à trois pattes qui suit les héros. « On l’a trouvé dans un refuge et le dresseur Alexandre Leloup l’a formé avec beaucoup d’amour pour le film avant de l’adopter définitivement. » A la fin du film, Jérémy Ferreri a créé l’association Hey Bobby ! pour aider les refuges qui recueillent des animaux handicapés, prouvant qu’humour vachard et grand cœur ne sont pas incompatibles. Une raison de plus pour aller voir Les K d’or.