Une salle d’opération semblable à celle où s’est déroulée la double greffe.Une salle d’opération semblable à celle où s’est déroulée la double greffe.Le diabète est la première cause de maladie rénale chronique (MRC) terminale dans le monde et la deuxième en France. © Freepik

Le diabète de type 1 n’est pas seulement une maladie du sucre. Derrière les injections quotidiennes d’insuline se cache une pathologie auto-immune complexe où le système immunitaire détruit les cellules du pancréas chargées de produire l’insuline, l’hormone qui régule la glycémie.

Au fil des années, une glycémie mal contrôlée peut provoquer des complications graves, notamment au niveau des reins. Cette atteinte rénale, appelée néphropathie diabétique, constitue l’une des principales causes d’insuffisance rénale chronique dans les pays industrialisés.

Selon l’Inserm, cette complication touche une proportion significative des personnes diabétiques de longue date. Lorsque les reins cessent de fonctionner correctement, les patients doivent souvent recourir à la dialyse, une technique qui filtre le sang artificiellement plusieurs fois par semaine. L’alternative de la transplantation rénale existe lorsque les conditions médicales et la disponibilité d’un organe le permettent.

Mais chez les patients atteints de diabète de type 1, le problème de fond demeure. Même avec un rein greffé, le diabète continue d’exercer ses effets sur l’organisme.

Une première en France : rein et cellules pancréatiques greffés ensemble Transplantation : une technique nouvelle !

Les équipes toulousaines ont réussi à transplanter un rein et des cellules pancréatiques provenant du même donneur décédé. L’objectif est double :

remplacer le rein défaillant pour arrêter la dialyse restaurer partiellement la production d’insuline afin de stabiliser le diabète

Cette approche diffère de la greffe combinée rein-pancréas classique, pratiquée depuis plusieurs années dans certains centres. Dans cette technique traditionnelle, c’est le pancréas entier qui est transplanté en même temps que le rein.

Ici, les médecins ont choisi une autre stratégie : transplanter uniquement les cellules du pancréas responsables de la production d’insuline. Ces cellules s’appellent les îlots de Langerhans.

Les îlots de Langerhans, petites usines à insuline

Dans le pancréas, les îlots de Langerhans forment de minuscules groupes cellulaires dispersés dans l’organe. Ils contiennent plusieurs types de cellules, dont les cellules bêta, chargées de produire l’insuline. Chez les personnes atteintes de diabète de type 1, ces cellules sont détruites par le système immunitaire.

Depuis plusieurs années, la médecine explore la transplantation d’îlots pancréatiques pour restaurer une production d’insuline. Cette technique consiste à isoler les cellules du pancréas d’un donneur puis à les injecter dans l’organisme du receveur.

Une fois transplantés, les îlots peuvent recommencer à sécréter de l’insuline. Mais l’intervention reste délicate et encore peu répandue.

Une coopération entre plusieurs équipes hospitalières

La procédure réalisée à Toulouse a mobilisé plusieurs équipes médicales et biologiques. D’abord, le rein du donneur a été transplanté chez la patiente au CHU de Toulouse, afin de traiter son insuffisance rénale terminale.

Parallèlement, le pancréas du donneur a été envoyé dans un laboratoire spécialisé pour un travail de précision : l’isolement des îlots de Langerhans.

Cette étape consiste à extraire et purifier les cellules pancréatiques capables de produire de l’insuline.

Selon l’Agence de la biomédecine, qui encadre en France les activités de transplantation, cette préparation cellulaire nécessite des installations très spécialisées et un savoir-faire biologique pointu. Une fois les cellules prêtes, elles ont été transplantées chez la patiente.

Pourquoi les cellules sont injectées dans le foie

Contrairement à une greffe d’organe classique, les îlots pancréatiques ne sont pas implantés dans le pancréas. Ils sont injectés dans le foie, par l’intermédiaire de la veine porte. Ce choix repose sur des raisons physiologiques bien établies.

Le foie constitue un environnement particulièrement favorable :

il est richement vascularisé les cellules peuvent y recevoir rapidement l’oxygène et les nutriments nécessaires l’insuline produite rejoint directement la circulation sanguine

Les cellules pancréatiques transplantées peuvent ainsi s’implanter dans le tissu hépatique et recommencer progressivement à sécréter de l’insuline.

Une alternative à la greffe pancréas-rein classique

La greffe combinée rein-pancréas reste aujourd’hui le traitement de référence pour certains patients diabétiques atteints d’insuffisance rénale. Mais elle ne convient pas à tous.

La transplantation d’un pancréas entier est une chirurgie lourde, qui nécessite des conditions anatomiques et vasculaires favorables.

Dans le cas de la patiente opérée à Toulouse, cette option n’était pas possible. Les médecins ont donc choisi la transplantation d’îlots pancréatiques comme solution alternative.

Cette stratégie présente plusieurs avantages :

une intervention moins invasive une récupération plus rapide une adaptation possible lorsque la greffe de pancréas entier n’est pas envisageable Des premiers résultats encourageants

Après l’intervention, les premiers résultats observés chez la patiente sont encourageants. La transplantation rénale a permis l’arrêt de la dialyse, ce qui représente déjà un changement majeur dans la vie quotidienne.

Quant aux cellules pancréatiques transplantées, elles semblent avoir commencé à produire de l’insuline. Cela se traduit par :

une amélioration du contrôle de la glycémie une réduction des besoins en insuline injectable

Même si un suivi médical prolongé reste nécessaire, ces résultats illustrent le potentiel de cette approche.

Greffe : le rôle essentiel du don d’organes

Les organes et les cellules transplantés provenaient d’un donneur décédé après arrêt cardiaque, un type de don appelé « Maastricht III ».

Selon l’Agence de la biomédecine, cette catégorie de don représente une source importante d’organes pour la transplantation, notamment dans un contexte de pénurie.

En France, la loi repose sur le principe du consentement présumé : toute personne est considérée comme donneuse potentielle après son décès, sauf si elle s’y est opposée de son vivant. Sans ces dons, aucune transplantation ne serait possible.

À SAVOIR 

La greffe d’îlots pancréatiques reste rare en France. Selon l’Agence de la biomédecine, elle n’est réalisée que dans quelques centres spécialisés et concerne surtout des patients atteints de diabète de type 1 difficile à équilibrer. Cette technique peut améliorer le contrôle de la glycémie et réduire les besoins en insuline, mais elle nécessite un traitement immunosuppresseur pour éviter le rejet des cellules greffées.

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