UBS a demandé à un juge américain de clarifier la portée de l’accord global de 1999 sur les fonds juifs en déshérence. La banque veut s’assurer qu’il n’y aura pas de plaintes supplémentaires, même en cas de nouvelles découvertes. 

C’est un conflit qui continue de hanter UBS: la collaboration des banques suisses avec l’Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale. En février dernier, une commission du Sénat américain avait annoncé avoir découvert près de 900 nouveaux comptes liés à des nazis chez Credit Suisse.

UBS, qui est maintenant propriétaire de son ancienne rivale, cherche à se protéger contre toutes nouvelles plaintes liées à ces nouveaux comptes. Elle a donc demandé à un juge américain de confirmer que l’accord global de 1999 couvre aussi bien le passé que le futur et inclut les comptes des nazis dans les banques suisses, pas seulement les fonds en déshérences des victimes juives. Une audience avait lieu mardi à New York.

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Demande d’UBS

Avec cet accord, les banques suisses avaient accepté de payer 1,25 milliard de dollars à des victimes de l’Holocauste. Mais c’était bien avant que le travail d’investigation sur les liens entre Credit Suisse et les nazis reprenne, en 2020. C’est au cours de ce travail qu’ont été découverts ces 900 comptes.

La banque se dit prête à continuer les recherches, qui lui coûtent déjà « des centaines de millions » en frais de juristes et autres experts. Mais elle est d’accord de le faire seulement si elle est sûre qu’il n’y aura pas de poursuites supplémentaires et si le Centre Simon Wiesenthal, une organisation qui défend les droits des Juifs et soutenu l’accord de 1999, ne dépose pas de nouvelles plaintes et n’alimente pas la « controverse publique ».

Lors de l’audience, le Centre Simon Wiesenthal a fortement réagi contre ces demandes. Les relations entre UBS et cette organisation n’ont d’ailleurs jamais été très cordiales. En février dernier, il accusait la banque de vouloir empêcher la vérité d’éclater.

Compromis refusé

Mardi, lors de l’audience, son avocate a affirmé qu’UBS ne respectait pas la liberté d’expression, que ses actions revenaient à essayer d’enfiler une chaussette dans la bouche de Simon Wiesenthal et que ses exigences étaient aussi vastes que le Grand Canyon, selon Reuters qui était sur place. A ce stade, d’après l’avocate, il n’y a de toute façon pas de plainte, donc qu’il n’y a pas de clarification à faire.

Le juge ne s’est lui pas prononcé. Edward Korman, qui connaît particulièrement bien le dossier puisqu’il avait supervisé le fameux accord de 1999, a proposé un compromis. Il a suggéré qu’UBS accepte de divulguer des documents qu’elle refuse pour l’instant de partager et qui semblent importants pour la poursuite des recherches, en échange d’un engagement à ne pas lancer d’autres poursuites. Cette proposition n’a pas été accepté. Il devra donc rendre une décision sur la demande d’UBS, mais il n’a pas donné de date.

Mathilde Farine