Les pays de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé mercredi de débloquer massivement leurs réserves stratégiques de pétrole pour contrer la flambée des prix, en parallèle d’une réunion des dirigeants du G7 visant à « atténuer » les « conséquences économiques » de la guerre au Moyen-Orient.

« Les pays de l’AIE vont mettre 400 millions de barils de pétrole (…) à la disposition du marché pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit » d’Ormuz, dans le Golfe, a annoncé le directeur exécutif de l’agence de l’énergie de l’OCDE, Fatih Birol.

Cette décision prise « à l’unanimité » débouche sur « le plus important » déblocage de stocks de l’histoire de l’institution, dont sont membres 32 pays parmi lesquels ceux du G7 (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada) mais aussi l’Australie ou le Mexique.

Auparavant, Tokyo et Berlin avaient pris les devants en annonçant leur décision nationale de puiser dans leurs réserves stratégiques sans attendre la déclaration commune.

Un effort commun pour stabiliser le marché pétrolier

Ces 400 millions de barils libérés par l’AIE représentent « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz », a dit Emmanuel Macron à l’ouverture d’une visioconférence avec ses homologues du G7, présidé cette année par la France.

La décision de l’AIE a été prise « grâce à la coordination » de ce forum de pays riches, qui réunissent à eux sept « environ 70% des réserves qui sont contrôlées par l’Agence internationale de l’énergie », a souligné le président français, saluant « un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux ».

« Dans le même temps, nous allons engager avec plusieurs pays pour éviter toutes les mesures de restriction à l’export », a encore dit Emmanuel Macron, déplorant des « mesures qui ont un peu gêné le commerce mondial » ou « envoyé de mauvais signaux ».

Solution temporaire pour calmer les marchés

Invité mercredi dans l’émission de Forum, Edouard Gantès, chargé de projet et membre du conseil de fondation du Centre de recherches entreprises et sociétés (CRES), rappelle que, depuis les premières mesures prises lors du choc pétrolier de 1973, un tel volume de 400 millions de barils constitue « un niveau inédit, un record ».

Selon lui, cette libération des stocks stratégiques peut effectivement compenser en partie les problèmes d’approvisionnement liés à la fermeture du détroit d’Ormuz, néanmoins, il estime qu’il s’agit « d’un pansement sur une jambe de bois ».

« On parle d’injecter environ 4 millions de barils par jour pendant une centaine de jours — soit entre trois et six mois selon les effets saisonniers. Cette décision vise essentiellement à éviter la panique, mais elle ne constitue pas une solution pérenne », ajoute-t-il.

Il souligne que les Etats-Unis et le Japon, qui sont les deux pays disposant des réserves les plus importantes, ont la capacité d’alimenter le marché sur une période pouvant aller de trois à six mois.

Libre circulation

La décision de l’AIE intervient dans un contexte de tensions extrêmes au Moyen-Orient. La guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo‑américaines contre l’Iran a entraîné une série de représailles iraniennes dans plusieurs pays de la région. Cette escalade a conduit à la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite, en temps normal, près d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

La militarisation de ce passage stratégique a fait bondir le prix du baril et renchéri immédiatement le carburant à la pompe. Washington accuse Téhéran d’y déployer ou d’y préparer des mines marines. Mardi, Donald Trump a mis en garde l’Iran contre des « conséquences militaires sans précédent » en cas de minage du détroit, tandis que l’armée américaine annonçait avoir détruit seize bateaux poseurs de mines iraniens « près du détroit ».

Sanctions sur Moscou maintenues

Le président français a lui expliqué mercredi qu’il n’avait « pas la confirmation » de la part du renseignement français ou allié de l’utilisation de mines navales, estimant que « ce serait un choix lourd » que ferait Téhéran.

Emmanuel Macron a également assuré que les dirigeants du G7 avaient « acté » que la situation tendue sur le front pétrolier « ne justifie en aucun cas de lever les sanctions qui existent à l’égard de la Russie » pour sa guerre en Ukraine. Il y a eu un « consensus », a-t-il répondu au sujet de l’accord sur ce point de Donald Trump, qui avait semblé suggérer lundi qu’il allait lever certaines sanctions sur le pétrole « afin de réduire les prix ».

La décision sur les réserves stratégiques a été prise après deux réunions préparatoires du G7, à l’initiative de la France, d’abord des ministres des Finances, lundi, puis de l’Energie, mardi.

Après plusieurs jours de flambée – jusqu’à près de 120 dollars le baril lundi -, les cours du brut ont chuté mardi à la suite des déclarations de Donald Trump affirmant que la guerre avec l’Iran était « quasiment » terminée. Mercredi, ils remontaient à nouveau, restant pratiquement insensibles à l’annonce de l’AIE.

afp/miro