Un préadolescent confectionne une marionnette de sa grand-mère décédée, afin d’accompagner le deuil de son grand-père. Mais « Mimi en bois » pourrait avoir d’autres vertus. Dans un texte original, l’autrice française Adèle Fugère déploie une écriture à l’os, où se mélangent humour, tendresse et absurde.

On l’avait découverte en 2023, à la publication de « J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort », court roman dont la protagoniste, une fillette dépressive, se découvrait un matin avec des moustaches, et se prenait pour l’acteur de « Un éléphant ça trompe énormément ».

Avec « Mimi en bois », l’autrice et illustratrice française Adèle Fugère poursuit une écriture de l’enfance et du passage à l’adolescence en donnant voix à Paulo, 13 ans. Engoncé dans ses émotions, particulièrement la colère, il doit traverser l’épreuve du deuil de Mimi, sa grand-mère.

Je me suis tourné vers pépé et je lui ai dit tout bas: ‘Pépé, mémé est partie.’ Il a levé la tête vers moi. Il m’a dit effaré: ‘Elle ne peut pas partir. Elle n’a pas fini la tarte aux pommes!’

Extrait de « Mimi en bois » d’Adèle Fugère Le petit théâtre de marionnettes

Pour Paulo, les grands-parents étaient un refuge. A ses heures perdues, papy confectionnait des marionnettes, qui prenaient place dans un petit théâtre improvisé depuis les fenêtres de leur appartement. Le public, enthousiaste, découvrait en lieu et place de Guignol ou Gnafron, des marionnettes de François Valéry, Scarlett O’Hara et Michel Drucker, combattant un lézard ou un gorille.

De son grand-père aux avant-bras encore musclés, Paulo a appris l’art de tailler le bois. Alors lorsque le vieil homme, encore sous le choc du décès de Mimi, décline vers l’apathie, le préado se saisit d’une bûche et lui donne les traits de la défunte. Par la main qui sculpte, les souvenirs affluent et, touche par touche, avec tous les détails insignifiants qui constituent la particularité d’un individu, la grand-mère revit presque.

 Il ne fallait surtout pas que je gâche les seins de mémé. Parce que mémé, elle avait des gros nichons. Ils ne pointaient pas devant. Ils pointaient sur les côtés.

Extrait de « Mimi en bois » d’Adèle Fugère

Des seins qui sont « comme les yeux de Jean-Paul Sartre », des jambes en poteau, une forme d’épaules et de cou tout arrondie. Un rouge à lèvres mis de travers et un bracelet doré. Mimi plus réelle que nature débarque ainsi dans la vie de Paulo et de son grand-père, et les suit partout. Mais il faut marcher lentement, car actionner une marionnette se fait à son propre rythme: dans la rue, au supermarché, les passants sont déroutés, s’éloignent. Les enfants, eux, rigolent et posent des questions.

>> A écouter, l’interview avec Adèle Fugère à propos de « Mimi en bois » : Entretien avec Adèle Fugère, autrice de « Mimi en bois » / QWERTZ / 25 min. / hier à 00:00 Pinocchio inversé

Hommage à la grand-mère d’Adèle Fugère, « Mimi en bois » est aussi une déclaration d’affection à la préadolescence: « c’est un âge qui n’est pas très dégrossi, où on est encore un peu vierge de tout », précise l’autrice. Un entre-deux qui autorise une écriture moins encombrée par les couches complexes de l’âge adulte, d’ailleurs quasiment exclu du roman.

Les relations se font entre les deux extrêmes de la vie, ce qui donne au texte des allures de conte, et bien sûr on pense à Pinocchio. Mais là, c’est la grand-mère qui devient marionnette, avec ses propres pouvoirs magiques, ceux de réparer et guérir. Reste à savoir qui, et de quoi. Réponse à la lecture de « Mimi en bois », fortement recommandée.

Ellen Ichters/aq

Adèle Fugère, « Mimi en bois », ed. Buchet-Chastel, février 2026.

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